Home Cinéma The Mastermind

Se faire une toile

De Kelly Reichardt

Du vol comme un des beaux-arts ? De L’Affaire Thomas Crown à The Grand Budapest Hotel, le cinéma s’est souvent plu à montrer des braqueurs esthètes, d’une habileté et d’une intelligence étourdissantes. Kelly Reichardt traite le motif à sa manière, modeste et malicieuse.

C’était les années 1970, époque bénie où il était encore possible de chouraver deux Gauguin, un Rembrandt et un Picasso sans se prendre la tête. Inspiré par le cambriolage du Worcester Art Museum, la réalisatrice d’Old Joy et First Cow prend le contre-pied du genre. En guise de repérages, des visites en famille. Et pour la planification, une réunion à la cave pendant que le repas mijote. Ce qui intéresse Kelly Reichardt n’est de toute façon pas l’action (la preuve, le vigile roupille) mais ses conséquences. Que faire de ces tableaux – en l’occurence, du peintre abstrait Arthur Dove ? Peut-être d’abord les contempler. James Blaine Mooney (Josh O’Connor) les accroche dans son salon, lui qui n’a jamais pu s’accomplir en tant qu’artiste. Mais la police ne tarde pas à frapper à sa porte. En fuite, le jeune homme croise quelques vrais durs à cuire, et surtout des connaissances passées, qui lui rappelle quelles autres voies sa vie aurait pu emprunter. À la télévision, les échos de la guerre du Vietnam le poursuivent. Pas si simple d’échapper à son époque, quand bien même on traverserait l’existence avec des airs de touriste. Portée par la formidable partition de Rob Mazurek, du groupe de jazz Chicago Underground Trio, The Mastermind s’affirme comme une méditation sur le rapport au présent.

Raphaël Nieuwjaer / photo © Filmscience

De Kelly Reichardt, avec Josh O’Connor, Alana Haim, John Magaro… Sortie le 04.02.


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