Patricia Urquiola
Mouvement perpétuel
Patricia Urquiola. Meta-morphosaAvec Patricia Urquiola, rien n’est jamais figé. Née à Oviedo en 1961, formée à Milan, la designeuse a fait de la transformation sa langue maternelle. Depuis plus de vingt ans, elle explore les zones de frottement entre artisanat et industrie, nature et technologie, rigueur et émotion, construisant un univers où les formes ne cessent de muter.
Au CID du Grand-Hornu, Meta-Morphosa déploie cinq années de recherches récentes. Loin d’une rétrospective, l’exposition se présente comme un laboratoire vivant, traversé par les tensions de notre époque : crise écologique, nouvelles matières, nouveaux usages. Dans les écuries immaculées du site, chaque œuvre semble à la fois en train de naître et de se transformer. En poussant la porte, on est plongé au cœur du « récit ». Un champignon géant, Mushmonster, nous accueille, suivi de deux tapisseries monumentales figurant une chenille et un papillon. Le décor est planté : ici, tout évoque la métamorphose. Deux salles se répondent, comme deux états d’un même organisme, l’un encore en devenir, l’autre déjà transfiguré.

Etat des lieux
Autour, les objets semblent habités. Un grand canapé aux courbes fluides se lit comme un paysage à parcourir plutôt qu’un simple meuble. Non loin, un tapis peuplé de créatures marines, d’insectes ailés et de figures hybrides déploie un bestiaire onirique. Des tabourets laissent pousser des pattes, des surfaces révèlent des morphologies étranges, comme si le vivant s’infiltrait partout. Cette vitalité tient beaucoup au travail sur la matière. Verre recyclé, plastiques revalorisés, textiles issus de déchets, Patricia Urquiola choisit ses matériaux comme des partenaires. Ils portent une histoire, une texture, une capacité à évoluer. La couleur n’est jamais un simple revêtement. Elle jaillit de la structure même, réagit à la lumière, devient presque une peau.
A fond la forme
Meta-Morphosa défend ainsi une autre idée du design. Il ne s’agit pas de figer des modèles, mais d’accompagner des transitions. Pour l’artiste, concevoir, c’est dialoguer avec un monde instable, fragile et fertile. Entre poésie et responsabilité, ses objets nous rappellent que, comme la chenille devenue papillon, toute forme est susceptible d’en devenir une autre.

















