Girls for Tomorrow
4 filles dans le vent
Documentaire de Nora Philippe2015.Comment se réinventer en tant que réalisatrice et continuer à penser le monde lorsqu’on est une jeune maman fraîchement débarquée à New York ? Le Barnard College, prestigieuse université féminine, devient alors un terrain d’observation idéal pour la documentariste primée Nora Philippe (Pôle emploi, ne quittez pas !, Restituer ?, Like Dolls, I’ll Rise), qui explore ici plusieurs thématiques qui lui sont chères.
De sa rencontre avec Evy, Lila, Anta et Talia – quatre étudiantes brillantes et engagées, aux trajectoires radicalement différentes –, la cinéaste tire un portrait choral déployé sur une décennie. De l’ère Obama à l’arrivée de Donald Trump, l’entrée dans l’âge adulte de ces jeunes femmes se construit au rythme des secousses politiques et sociales : Women’s march, #MeToo, Black Lives Matter, sans oublier la crise climatique. Nourries par leur vécu, leur finesse d’analyse et leur engagement apportent un regard singulier, parfois prophétique, où l’hypersensibilité n’exclut ni l’action ni les virages à 180°.

Parcours de combattantes
Ainsi Anta, orpheline et boursière, à la pensée affûtée, qui affronte ses démons avant de tout quitter pour tenter sa chance à Paris — avec une séquence au Panthéon particulièrement éloquente. Ou Lila, elle aussi boursière, qui entreprend de se dégenrer et articule, avec une apparente évidence, son combat écologique à ces questions identitaires. Il y a encore Evy, extravertie, en quête d’un ancrage après une enfance en perpétuel mouvement. Et, Talia, tiraillée entre sa judéité et ses aspirations personnelles, cherchant à concilier tradition et modernité.
Work in progress
Entre éco-anxiété et légèreté, élans d’espoir et scepticisme lucide, Girls for Tomorrow est un voyage intime et politique, traversé de fulgurances. Il interroge la manière dont les jeunes générations reçoivent le monde — et choisissent d’agir en profondeur, quitte à mobiliser consciemment les réseaux sociaux. Nora Philippe projette d’ailleurs de poursuivre ce portrait au long cours, avec de nouveaux rendez-vous à venir (un clin d’œil assumé au temps long de Richard Linklater). À noter enfin que la réalisatrice s’autorise ici l’autoportrait, à grand renfort d’archives tournées en Super 8, pour ce qu’elle nomme un « documentaire à sa fille ». Une boucle à la fois logique et sensible. Un film qui conjugue, avec justesse, féminisme, éloquence, activisme et sororité.
Girls for Tomorrow, documentaire de Nora Philippe. En salle



