Brel
Danse avec les mots
Anne Teresa De Keersmaeker / Solal Mariotte / RosasComment réveiller Brel, ce volcan d’émotions, cet homme qui vibrait de tout son corps ? C’est le pari audacieux d’Anne Teresa De Keersmaeker, grande figure de la danse contemporaine, et de Solal Mariotte, jeune chorégraphe issu du breakdance. Avec BREL, créé dans la majestueuse Carrière de Boulbon (Avignon), le duo croise deux énergies, deux écritures, deux époques, autour d’un même feu : celui du chanteur belge. Chez De Keersmaeker, la rigueur géométrique et la musicalité millimétrée s’allient à la physicalité explosive de Mariotte. Ensemble, ils revisitent un répertoire mythique – La Valse à mille temps, Amsterdam, Ne me quitte pas – non pas pour le rejouer, mais pour le traverser. Dès les premières minutes, les paroles du Diable (ça va) s’inscrivent en lettres géantes en fond de scène, pendant que De Keersmaeker, en costume gris trop grand, esquisse un pas dans un halo de lumière. Plus tard, son partenaire dévale d’un échafaudage en criant « Quand on n’a que l’amour », avant que leurs corps ne s’accordent dans une valse bancale et tendre. La chorégraphe flamande, qui dansait jadis sur les morceaux de Joan Baez (Once, 2002), poursuit ici sa recherche sur la « chorégraphie de chansons ». Elle s’amuse à désacraliser l’icône Brel, tandis que Mariotte, solaire et instinctif, incarne la fougue d’une génération nouvelle. Leur rencontre s’impose comme une évidence, à l’endroit précis où la mémoire devient mouvement.



