Pierre & Florent
Matières sensibles
Quelque part entre l’art et le documentaire, l’intime et l’universel, le duo formé par Pierre et Florent tisse à travers ses récits visuels un patchwork d’émotions. Conçues au gré d’une démarche collaborative avec ses modèles, ses photographies dressent des portraits hautement poétiques, dans lesquels le textile devient support d’identité et de mémoire.
On connaissait Pierre et Gilles, un peu moins Pierre et Florent, autre couple d’artistes pareillement passionnant. Depuis leur rencontre il y a 15 ans, ces Parisiens marient performance et photographie au fil de récits textiles aussi spectaculaires que touchants. En témoigne la série Mémoire habillée , où des inconnus croisés au gré de leurs pérégrinations se racontent à travers divers accessoires, objets et surtout vêtements de leur choix. « C’est une façon très pudique de faire parler les gens, explique Pierre. Et puis on s’habille tous, il ne s’agit pas d’être quelqu’un d’extraordinaire pour avoir des choses à dire ».
Mémoire fringante
Pour cela, le tandem a élaboré une structure métallique sur laquelle s’amoncellent les étoffes et surélevant les modèles. Ceux-ci sont alors photographiés dans des lieux qui leur sont chers, au bord de la mer, en rase campagne ou simplement devant chez eux. Au-delà de l’aspect sculptural obtenu par l’effet d’accumulation (une des grandes marottes du duo depuis ses débuts dans la mode), il est avant tout question d’identité, de souvenirs, de transmission… C’est ici un caseyeur breton narrant toute une vie de pêche. Là, une cheffe d’entreprise déclamant son amour pour le triathlon ou encore une jeune fille fière de sa double culture et de ses origines mauriciennes, qu’elle expose du haut de saharis familiaux. « Se vêtir, c’est se montrer au monde d’une manière que l’on choisit, ajoute Florent. Une façon de se créer une amure ou un personnage, d’être soi-même ou pas…».
Miroir textile
Dans le prolongement de ce travail situé à la frontière du documentaire et de l’intime, la série Ostension s’intéresse cette fois aux « émotions fortes » vécues par leurs proches (voire eux-mêmes), « de celles qui les ont marqués à jamais ». Que ce soit une rencontre, « un brutal passage à l’âge adulte », une joie ou une peine, ici reconstitués au fil d’allégories visuelles. Le vecteur de cette mémoire enfouie est ici un mouchoir en tissu, utilisé comme accessoire de mise en scène ou en toile de fond. « Ce petit bout de textile recueille nos fluides quand on est triste, malade, joyeux… il est donc imprégné de souvenirs de toutes sortes ». Et pas non plus avare de beauté.
À visiter / pierreetflorent.fr, @pierreetflorent
Expo /
Mémoire habillée
Créteil, 12.09 > 12/10, MAC, maccreteil.com (Biennale Photoclimat)
Ostension + It’s a very beautiful day
Paris, 11.10 > 08.11, Galerie Porte B, porteb.com (Les Rencontres photo du 10e)














