Home Best of Interview Sam Sauvage

Dancing in the Dark

@ Hugo Lardenet

Des mélodies entraînantes empruntant au meilleur de la chanson française comme de la pop anglaise, des textes débordant de dérision, une voix grave et suave déjà reconnaissable entre mille… En moins de deux ans Hugo Brebion, alias Sam Sauvage, s’est imposé comme l’une des plus belles promesses de la scène hexagonale. Originaire de Boulogne-sur-Mer, le chanteur-auteur-compositeur de 24 ans publie en mai son deuxième EP, avant une série de concerts un peu partout en France et en Belgique. Mais qui se cache derrière ce dandy rock ? Réponses…

Comment avez-vous débuté ? J’ai appris la guitare seul à 15 ans grâce à YouTube. C’étaient d’abord des reprises pour jouer avec les copains, puis ça a évolué quand j’ai découvert Bob Dylan. Dès mes 16 ans, je chantais dans la rue et dans des bars, notamment à Lille. Ensuite je suis parti à Paris où j’ai suivi des études d’ingénieur du son en écrivant des chansons à côté. J’ai autoproduit mon premier EP, donné des petits concerts puis un label et un tourneur sont arrivés.

Il paraît que vous aviez un groupe de rock quand vous étiez plus jeune… Oui, je l’avais monté au lycée avec des amis, mais on m’en a viré parce que je n’écrivais pas de chansons assez “metal” pour eux ! C’est à ce moment-là que j’ai vraiment commencé à jouer seul.

À quoi ressemble la scène du Boulonnais, d’où vous êtes originaire ? Un vivier musical s’y développe grâce à de nouveaux dispositifs d’accompagnement, comme le Poulpa+. Cela m’a permis de tester de nouvelles choses, de me professionnaliser. Il y a aussi une nouvelle salle, L’Embarcadère.

Est-il vrai que vous jouiez de la guitare sur la Grand’Place de Lille à vos débuts ? Oui, et la rue pour moi a été le meilleur des apprentissages. Ça permet de tester des chansons, un public. Lille, c’est vraiment la ville la plus accueillante pour ça car les gens sont réceptifs… même si la police m’a viré plusieurs fois !

D’où vient votre nom de scène ? C’était lors de la première soirée de ma vie. J’avais 15 ans et des potes avaient piqué de l’alcool à leurs parents. Moi, je n’avais pas osé, et ils m’ont appelé Sam en référence au slogan : “Sam, celui qui conduit c’est celui qui ne boit pas”. Puis j’ai gardé ce prénom en y accolant “Sauvage” car ça sonnait bien. J’aime cette idée de liberté qu’il véhicule.

On remarque l’influence de la chanson française, notamment de Bashung, mais aussi celle de l’electro-pop anglaise. On pense à New Order… L’influence de la chanson française est évidente. Et puis, quand j’ai sorti Les Gens qui dansent, on m’a parlé de new wave alors que ce n’était pas ce que j’écoutais, malgré mon goût pour les batteries électroniques, le synthé… Mais j’écoute un peu plus Talking Heads ou New Order aujourd’hui.

On pense aussi aux Jeunes Gens Mödernes, à Étienne Daho, Taxi Girl, Ellie et Jacno… Regardez-vous de ce côté ? Oui, je m’y suis intéressé car on m’a envoyé des messages à ce propos et ça me parlait beaucoup, donc je m’en suis inspiré. Ils ont des morceaux dansants qui racontent des choses terribles et je trouve ça génial. J’aborde des sujets graves avec humour, tendresse ou du rythme.

Avez-vous d’autres inspirations ? Zaho de Sagazan m’a mis une sacrée claque. J’adore aussi Baxter Dury et Benjamin Biolay. La scène actuelle est très inspirante.

Vous soignez une image assez désinvolte, avec le costume et les cheveux ébouriffés. Vous cultivez aussi l’autodérision dans vos chansons. S’agit-il de vous créer un personnage ? En fait, je m’habille très souvent comme ça, avec des vestes, des chemises… J’ai juste poussé un peu le truc pour la scène. Donc c’est une augmentation de ce que je suis plutôt qu’un personnage.

@ Hugo Lardenet

@ Hugo Lardenet

Comment avez-vous apprivoisé votre voix ? Elle a toujours été un avantage, mais m’a parfois embêté. C’est une voix grave qui a ses humeurs, elle n’est pas très stable. Parfois, je suis inaudible dans des lieux publics ou bruyants. Par contre elle porte beaucoup dans un micro.

Votre nouvel EP sort le 23 mai. Pouvez-vous nous en parler ? C’est une observation des gens et de moi-même. J’écris sur plein de choses différentes et assez sociétales. Par exemple, Ali roule de nuit présente un chauffeur de taxi que j’ai rencontré. Je décris ses conditions de travail, son quotidien. Je me mets très légèrement en avant sur Dans le photomaton. C’est le seul titre où j’évoque l’amour, et pour une fois qu’une histoire se termine bien, je voulais la mettre en chanson ! Après il y a des thèmes plus générationnels comme La Fin du monde ou Pas bourré.

Pouvez-vous nous parler du morceau Les Gens qui dansent (j’adore) ? C’est un hommage à monsieur tout le monde. J’aime observer, regarder autour de moi comme le font les grands-mères et le raconter comme elles. Sauf que moi, c’est en chanson. J’ai donc écrit ce morceau naturellement.

Dans le morceau La Fin du monde, vous parlez d’un sujet assez angoissant mais d’une manière très légère. Serait-ce ça, la “patte” Sam Sauvage ? Ce genre de sujets passe mieux avec de l’humour ou la danse, au-delà de l’information. Ça nous donne de l’espoir. En tout cas, je l’espère.

Les réseaux sociaux ont aussi joué un rôle prépondérant dans votre carrière. Était-ce pour vous un média naturel ? C’est une amie qui m’a conseillé de m’y inscrire même si au début j’étais réticent. Finalement, j’ai posté une vidéo par jour. Je sortais les pires comme les meilleurs morceaux, je m’habillais d’une manière ringarde puis super distinguée, je tournais en studio et dans la rue… J”utilise les réseaux sociaux de manière spontanée, car plus on réfléchit et moins ça fonctionne.

À quoi ressemble un concert de Sam Sauvage ? Je dirais que c’est une tempête d’émotions, du rire aux larmes. Un bon moment n’est pas forcément joyeux, il peut aussi être triste et libérateur. Il y a beaucoup d’improvisation, par exemple lorsque je joue Les Gens qui dansent. En live, tout peut fonctionner et la minute d’après se casser la gueule !

 

Propos recueillis par Lou-Anne Sedda / Photo © Hugo Lardenet
Concert(s)
Sam Sauvage
Outreau, Centre Phénix
16.05.2025 à 19h307€
Sam Sauvage
Arras, Citadelle d'Arras
06.07.2025 à 14h0069€ (Mainsquare Festival
Sam Sauvage
Écaussinnes-d'Enghien, Ronquières Festival
02.08.2025 à 12h0064/10€ (-10 ans)

À écouter / Sam Sauvage (Cinq 7 / Wagram Music). Sortie le 23.05

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