Séries Mania
Petit écran, idées larges
Mais qu’est-ce qui peut bien réunir Astérix et Obélix, Mussolini, une Nounou d’enfer, Alain Chabat ou (entre autres !) une famille de cannibales ? Séries Mania, pardi ! Pour sa huitième saison dans les Hauts-de-France, le plus grand festival européen du genre propose une intrigue débordante de cliffhangers. Au générique ? Des stars du petit et du grand écran, des avant-premières internationales, des rencontres, de l’émotion, de la réflexion et même… un ancien président de la République. Sacré teaser.
Elle le confesse sans mal. Avant d’accueillir la première édition de Séries Mania à Lille en 2018, Martine Aubry en était « restée à Belphégor ». Depuis, la “dame des 35 heures” a rattrapé son retard et reconnaît que « les séries sont devenues un miroir de nos sociétés ». Mais jusqu’à quel point la ressemblance est-elle frappante ? Par exemple, la figure du président de la République, devenue héroïne du petit écran (de House of Cards à Baron noir) est-elle vraiment pertinente ? On en discutera lors d’une conférence au Théâtre du Nord avec un expert : François Hollande (!), l’un des prestigieux invités d’une édition qui prend de la hauteur. « Cette année est celle du retour en force des séries politiques, confirme la directrice générale, Laurence Herszberg. Plus précisément, elles nous éclairent sur la marche du monde, en revenant sur le passé mais avec une lecture contemporaine ».
Le monde en face
Parmi les 45 séries présentées (sur grand écran), on découvre ainsi Mussolini : Son of the Century. Adaptée du best-seller d’Antonio Scurati et réalisée par l’Anglais Joe Wright, l’oeuvre raconte l’ascension du “Duce” dans l’Italie des années 1920, et donc celle du fascisme. Tournée dans les studios de Cinecittà, la série offre un regard troublant sur la résurgence des populismes un peu partout sur la planète, de Trump à Giorgia Meloni – qui se revendique héritière du dictateur, rappelons-le… Certes, l’Histoire ne se répète pas, mais elle rime souvent. A Life’s Worth, créée par Mona Masri et Oliver Dixon, illustre parfaitement cette fulgurance de Mark Twain, en revenant sur un drame pas si lointain : la guerre de Bosnie, à la fin du XXe siècle. En l’occurrence, la série focalise sur les casques bleus, empêchés d’utiliser leurs armes pour stopper le massacre de civils, témoignant de l’impuissance des institutions internationales à s’opposer à la barbarie, au coeur de l’Europe – ça ne vous rappelle rien ?
Chacun sa mifa
Au-delà de la géopolitique, une autre grande tendance se dessine à travers cette programmation : « les sujets concernant la famille ». Quelle soit hautement dysfonctionnelle (à l’instar des cannibales de la tribu des Rose), en pleine implosion (le divorce pas évident du couple iranien de At the End of the Night) ou frappée par un secret inavouable. Ainsi de Querer, signée Alauda Ruiz de Azúa, brûlant récit sur le consentement. La réalisatrice basque met ici en scène l’implosion d’un foyer après la décision d’une femme de dénoncer son mari (et père de ses deux enfants) qui la viole depuis 30 ans, dans l’apparente quiétude de leur appartement bourgeois de Bilbao…
Ex-fan des nineties
Si ce cru 2025 de Séries Mania fait la part belle à la réflexion et à l’émotion, il ménage aussi une belle place au rire et à la fête (ouf !) en faisant notamment vibrer la corde ô combien sensible de la nostalgie. C’est le cas au Tripostal de Lille, qui accueille l’exposition Forever 90’s. En suivant un parcours immersif, on (re)vit au sein de reproductions de décors mythiques un âge d’or de la série, de Buffy contre les vampires à Urgences, en passant par Twin Peaks, Friends, Une Nounou d’enfer… Par contre, rien sur Belphégor.
LA + HARGNEUSE
Celeste
« Les vrais héros de cette programmation sont des héroïnes », assure Laurence Herszberg. Parmi elles, Celeste fera sans aucun doute l’unanimité. Cette austère (mais truculente !) inspectrice des impôts s’est donné une ultime mission avant de partir en retraite : faire tomber la plus grande popstar du pays, qu’elle soupçonne de fraude fiscale… Mêlant thriller et comédie, cette série espagnole signée Diego San José offre un rôle sur mesure à une grande complice d’Almodóvar : l’immense Carmen Machi.
LA + MORDANTE
La Famille Rose
« Baroque, et un peu gore ». C’est ainsi que Laurence Herszberg qualifie cette création (française) de Tigran Rosine. Soit l’histoire d’une famille pour le moins dysfonctionnelle. Où l’on suivra les tracas d’un couple en apparence ordinaire, aux prises avec leurs deux ados épris de liberté… et une étrange tradition : ils sont les héritiers d’une lignée de cannibales aux règles très strictes. Ou comment évoquer la transmission à travers le prisme d’une horreur nappée de burlesque. Appétissant !
LA + ANIMÉE
Astérix et Obélix : Le Combat des chefs
Plus de 20 ans après son indépassable Mission Cléopâtre, Alain Chabat est de retour dans le village des Gaulois ! S’attaquant pour la première fois à l’animation 3D, il adapte Le Combat des chefs, album publié en 1966 dans lequel Panoramix perd la boule (et donc la recette de la potion magique) après avoir été assommé par un menhir lancé par vous-savez-qui… À Lille, on découvre les trois premiers épisodes de cette mini-série en exclu mondiale… et en présence de son auteur, par Toutatis !










