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Profondeur de champ

Fire Masks, Downshire Hill, London, England, 1941
by Lee Miller © Lee Miller Archives, England 2025.
All rights reserved, www.leemiller.co.uk

Elle fut mannequin, artiste surréaliste, photographe de mode, reportrice de guerre… et parfois tout cela en même temps. Lee Miller (1907-1977) laisse une oeuvre aussi immense que protéiforme. À Anvers, le FOMU consacre à l’Américaine sa première grande rétrospective en Belgique. Rassemblant plus de 200 pièces, entre photographies, articles ou archives, cette exposition dresse le portrait d’une femme qui repoussa les limites de son art.

Quand Lee Miller pose dans la baignoire de l’appartement d’Adolf Hitler, à Munich en avril 1945, elle résume en une image son art si singulier. Tout y est, de sa propension à se mettre en scène (elle s’y savonne nue) à son goût pour la fronde (un portrait du Führer, qui vient de se suicider, la toise), en passant par sa vocation de journaliste (la boue du camp de Dachau sur ses chaussures souillant un tapis blanc). Ce cliché légendaire et une centaine d’autres sont visibles au FOMU, qui consacre une rétrospective inédite en Belgique aux mille vies de l’artiste. « Lee Miller oscillait avec habileté entre l’expérimentation et le réalisme documentaire. Elle a repoussé les limites de la photographie, l’utilisant à la fois comme un outil artistique pour remettre en question notre perception. Mais aussi comme un moyen de raconter des histoires », juge Anne Ruygt, l’une des commissaires de cette exposition très complète.

Par-delà les clichés

Dès les années 1920, Lee Miller est remarquée à New-York par le fondateur du magazine Vogue, qui la propulse mannequin. Mais une existence sur papier glacé ne suffit pas à cette créatrice dans l’âme. De fil en aiguille, elle devient une figure du surréalisme à Paris, et la muse de Man Ray ! Puis, croisant Picasso, elle fonde son propre studio photo et n’a pas fini de bousculer l’ordre établi… À une époque où l’on interdisait aux femmes de se rendre sur le front, l’Américaine fut par exemple l’une des rares reportrices accréditées durant la Deuxième Guerre mondiale. Et l’une des premières à documenter la réalité des camps de la mort nazis. Par ailleurs, elle réalisera aussi « des photographies de mode anti-conformistes, confrontant l’élégance de ses modèles à des paysages déchirés par la guerre ». C’est cette carrière foisonnante que retrace le FOMU, à travers les magazines ayant publié ses photos. La scénographie emprunte ainsi la forme de livres ouverts. Ce parcours met en avant un « sens aigu de la composition », un « esprit intrépide » et « un talent pour saisir à la fois la beauté et la brutalité » du monde. À l’image de Fire Masks, où elle détourne des protections contre les bombardements allemands en objets de carnaval, tel un pied de nez à la barbarie.

Bathing Feature, Vogue Studio, England 1941 by Lee Miller © Lee Miller Archives, England 2025 All rights reserved, www.leemiller.co.uk

Bathing Feature, Vogue Studio, England 1941 by Lee Miller © Lee Miller Archives, England 2025 All rights reserved, www.leemiller.co.uk

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À lire ici / L’interview d’Anne Ruygt, commissaire de l’exposition

Arnaud Stoerkler / Photo : Fire Masks, Downshire Hill, London, England, 1941 by Lee Miller © Lee Miller Archives, England 2025. All rights reserved, www.leemiller.co.uk
Informations
Anvers, FoMu

Site internet : http://www.fotomuseum.be

28.02.2025>08.06.2025mar > dim : 10h-18h, 12 >5€ (gratuit -18 ans)
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