Home Best of Chroniques Noël à Miller’s Point

Douce nuit

Un dernier Noël avant que la maison familiale ne soit vendue ? Voilà qui annonce un canevas bien conventionnel. Présenté à la Quinzaine des cinéastes lors du dernier festival de Cannes, Noël à Miller’s Point offre au contraire un nouvel aperçu de l’inventivité de Tyler Taormina, déjà remarqué avec Ham on Rye.

Dans la voiture, la tension monte entre la fille et sa mère, tandis que le beau-père prépare son sourire réjoui de « pièce rapportée ». La tête à l’envers, le garçon regarde les façades illuminées des maisons défiler à toute allure. Au milieu des proches, la petite famille n’en oublie pas ses soucis. Mais la fête emporte le film vers d’autres horizons. Noël à Miller’s Point cherche d’abord à attraper des sensations. Il y a le chatoiement du sapin, les baisers collants des tantes, les tables débordant de nourriture… Tout comme avec Ham on Rye, il s’agit de redonner à un rituel fatigué son épaisseur sensible et son mystère. Le deuxième long métrage de Taormina pourrait n’être qu’une jolie boule à neige, si son microcosme ne bouillonnait aussi d’affects contradictoires, captés dans leurs affleurements les plus délicats. Être dedans ou dehors, se fondre dans la famille ou échapper à son étreinte douillette, c’est toute la question, et pas uniquement pour les ados dont le désir buissonnier les amène à découvrir l’envers inquiétant de leur bourgade. Le dernier Noël dans cette maison rend peut-être plus sensible une expérience commune : brillant d’un éclat particulier, cette fête passe toujours trop vite et trop lentement.

Raphaël Nieuwjaer / Photo : © Paname Distribution

De Tyler Taormina, avec Matilda Fleming, Francesca Scorsese, Michael Cera… Sortie le 11.12


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