Home Best of Chroniques Grand Tour

L'odyssée fantastique

En 1918, Edward, un jeune fonctionnaire britannique en poste en Birmanie, s’enfuit pour échapper au mariage prévu le jour-même avec sa fiancée, Molly. Mais celle-ci, bien décidée à l’épouser, se lance à sa poursuite… Débute alors un périple enchanteur à travers l’Asie. Couronné du prix de la mise en scène à Cannes, Grand Tour est une expérience visuelle saisissante.

Si le film se déroule au début du XXᵉ siècle, son originalité tient à un mélange audacieux entre fiction, réalité et différentes époques. En effet, Miguel Gomes inclut dans sa narration des prises de vue contemporaines, tournées dans les sept pays traversés par ses personnages, de la Birmanie au Japon, en passant par la Chine ou Singapour. Le spectateur se trouve ainsi embarqué dans une aventure se muant en road-movie onirique. Le contraste entre passé et présent est adroitement montré, notamment par l’usage du noir et blanc pour les scènes de fiction. Ce parti pris esthétique, rappelant les chefs-d’oeuvre de Buster Keaton, permet au cinéaste portugais de créer des tableaux foisonnants, où chaque plan regorge de détails.

Cinéma sans frontières

Une autre force du film réside dans l’utilisation subtile de la voix off, qui passe d’une langue à une autre en fonction des escales. Tantôt en thaï, tantôt en japonais, cette narration plurilingue sert de fil conducteur et n’est pas un artifice : elle traduit le propos même du film, celui de l’unification. Loin d’être un simple récit de voyage, Grand Tour est une réflexion subtile sur le rapprochement des cultures, la dissolution des frontières entre Orient et Occident mais aussi entre le cinéma et le réel. Miguel Gomes livre une sublime réflexion sur le septième art. Un grand tour de force.

Arthur Chapotat / Photo : © 2024 - Uma Pedra No Sapato - Vivo film - Shellac Sud - Cinéma Defacto

De Miguel Gomes, avec Gonçalo Waddington, Crista Alfaiate, Teresa Madruga… En salle


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