Home Cinéma État limite

Hôpital en souffrance

Après des débuts américains tonitruants (Southern Belle puis Ghost Song), Nicolas Peduzzi a trouvé en France un nouveau territoire sous tension : l’hôpital Beaujon de Clichy. Sur les pas du seul psychiatre encore affecté à ce site, il saisit dans les ruines du service public des lueurs d’humanité.

Musique rythmée, caméra nerveuse, couloirs labyrinthiques encombrés de patients : État limite commence fort. S’il y aura encore de telles montées de fièvre, c’est néanmoins une fausse piste. Ce que cherche Nicolas Peduzzi, en harmonie avec le psychiatre Jamal Abdel Kader, c’est respecter le temps de la parole. Contre le nouvel impératif de quantification des actes médicaux, il s’agit d’affirmer la possibilité de véritables relations de soin. Des situations parfois sidérantes se retrouvent ainsi “dédramatisées” par l’écoute et la bienveillance du médecin. L’urgence cède la place à des moments d’apaisement, de grâce parfois, comme lors des ateliers de théâtre où des êtres cabossés renouent avec le jeu et les autres. Des montages de photographies en noir et blanc permettent de varier le tempo, de fixer des instants précieux. Des échanges émergent également entre les membres du personnel, qui évoquent leurs angoisses ou leurs frustrations. L’hôpital public pourra-t-il encore longtemps compter sur le dévouement de ces bonnes âmes ? Sans didactisme, c’est la responsabilité des pouvoirs publics qui est alors pointée. Si Peduzzi se laisse aller à quelques coquetteries, notamment musicales, cela n’entame en rien la force de son film.

Raphaël Nieuwjaer / Photo : © Pénélope Chauvelot, Les Alchimistes / Gogogo Films

Documentaire de Nicolas Peduzzi. Sortie le 01.05 (et disponible sur Arte TV)


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