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Il était deux fois

Indiana Jones 5, SOS Fantômes 4, Terminator 6, Star Wars… combien déjà ? On ne sait plus ! Bref, la liste est longue, et nul besoin de la poursuivre pour s’en convaincre : oui, le cinéma est un éternel recommencement, peuplé de suites, de remakes, de prequels (parfois de remakes de prequels), de spin-offs, de cross-overs, et cetera. Journaliste spécialiste du septième art (et en particulier de ses coulisses) Philippe Lombard relate dans Ça retourne ! une drôle d’histoire de recyclage. Et ce n’est pas toujours du propre…

C’est vrai, Philippe Lombard a lui aussi de la suite dans les idées. Notre homme a signé (entre autres) Ça tourne mal !, Ça tourne mal… à Hollywood !, Ça s’est tourné près de chez vous ! ou Ça tourne mal… à la télé !. Voici donc le cinquième volet d’une collection semblant inépuisable, comme son sujet, qui a tendance à tourner en rond, répétant ad nauseam les formules qui marchent. Dès le commencement, les réalisateurs (et surtout les producteurs) eurent des idées de suite, à peu près partout et dans tous les styles : c’est la série des Charlot, des Don Camillo, des Dracula, de “l’éternelle Angélique”… L’objectif est simple : épuiser le filon jusqu’à la corde et gagner “quelques dollars de plus”, pour citer Sergio Leone. Souvent pour le pire (la liste est trop longue et toujours en cours) et parfois pour le meilleur. Ainsi du Parrain II, de Francis Ford Coppola, première et unique suite de l’histoire du cinéma récompensée d’un Oscar, en 1975.

Nouveau western

Au-delà des sagas, Philippe Lombard s’intéresse aussi à un autre concept : le remake. Oh, celui-ci ne date pas d’hier. Eh oui, le tout premier film de l’histoire, La Sortie de l’usine Lumière à Lyon (1895), connaît d’emblée trois versions – principalement pour des raisons techniques. En réalité, cet exercice est bien plus répandu qu’on ne le croit, et pas toujours bien visible. Citons Les Sept mercenaires ou Pour une poignée de dollars, grands classiques du Pays de l’oncle Sam, certes, mais tous les deux des “versions cow-boys” de films d’Akira Kurosawa (en l’occurrence des Sept samouraïs et de Le Garde du corps). En France aussi, on sait recycler. De Battre mon cœur s’est arrêté, de Jacques Audiard (au hasard) est en réalité une relecture de Mélodie pour un tueur de James Toback, avec Harvey Keitel (1978). Coupez !, de Michel Hazanavicius, est une reprise d’un long-métrage de fin d’études signé en 2017 par le Japonais Shin’ichirô Ueda – vous le saviez ? Pas nous.

Au voleur !

À bien y regarder, cette affaire a parfois pris des allures de pillage, au sens le plus littéral du terme (c’est-à-dire sans payer de droits d’adaptation), à l’image du nanar Barb Wire avec Pamela Anderson (1996), inspiré du chef d’œuvre Casablanca de Michael Curtiz (1942) et dans lequel “Pam” reprend le rôle d’Humphrey Bogart (en un peu moins bien…). Plus près de chez nous, la cour d’appel de Douai condamna en 1996 la société de production de Running Man (1987, avec Schwarzenegger) pour avoir un peu trop regardé Le Prix du danger d’Yves Boisset (1983, avec… Gérard Lanvin), soit l’histoire d’un jeu télévisé proposant de suivre en direct une chasse à l’homme, dans un futur proche.


Pareil, mais en moins bien

Les Américains ne sont pas les seuls “filous” de la bobine, loin s’en faut. Les maîtres du genre demeurent sans doute les Turcs, nous apprend Philippe Lombard, qui parle même de “Turksploitation”. Le principe ? « Refaire les hits du moment », mais avec les moyens du bord – et des figurants moustachus ! Rambo, L’Exorciste ou Mad Max eurent ainsi leurs versions low cost ottomanes (et poilues) tout comme Superman, devenu Supermen Dönüyor. Pour l’anecdote, son réalisateur, Kunt Tulgar, avait emprunté la poupée Ken de sa fille pour la filmer devant un écran sur lequel défilaient les paysages, et ainsi faire voler notre héros en culotte rouge à moindres frais. Prends-en de la graine, Barbie – dont on n’espère pas la suite !

Julien Damien

Ça retourne ! (La Tengo), Philippe Lombard, 160. p, 22€, la-tengo.com

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