Home Best of Interview Aymeric Lompret

L’humour libre

© Stéphane Kerrad / KB Studios Paris

Derrière son look de trentenaire désinvolte et fêtard, Aymeric Lompret dénonce en ricanant ce qui l’indigne sérieusement. Dans son nouveau spectacle Yolo, écrit avec Pierre-Emmanuel Barré, le Tourquennois campe Éric, un sans-abri parcourant la ville à la recherche de son chien. Une quête qui amènera ce “punk” à sortir les crocs devant les inégalités les plus criantes de notre époque, amochant au passage quelques privilégiés et autres cyniques. La preuve…

Il paraît que vous vous êtes d’abord dirigé vers des études de commerce… J’étais plutôt bon élève au lycée, j’ai suivi une prépa HEC sans vraiment savoir ce que c’était. Mais on m’a rapidement invité à partir. Les gens commençaient à mettre des p’tits clous sur ma chaise… Je n’y suis resté que trois mois.

Vous étiez donc calme et studieux ? À partir de la prépa, plus vraiment. Surtout quand je me suis rendu compte que j’étais en classe avec 30 Serge Dassault. Il n’y a pas trop de mixité dans les grandes écoles.

Vous étiez quand même un petit gars de droite au début ? Je crois que j’étais apolitique mais, comme j’étais dans une école d’économie, je dirais oui, parce que l’économie c’est de droite. Après HEC j’ai travaillé à l’usine et c’est là que j’ai constaté de grandes disparités. Alors, j’ai décidé de quitter le côté obscur. Avant j’étais trop jeune pour comprendre tout ça.

Vous avez aussi été animateur de village vacances, de cours d’aquagym… Oui, j’ai fait plein de petits boulots. On fait ce qu’on peut !

Pourquoi avez-vous décidé de monter sur scène ? Pour séduire des filles faciles et boire gratuitement !

On décrit souvent votre humour comme “trash” ou “noir”. Et vous, comment le définiriez-vous ? Chiant et long.

Vous fixez-vous tout de même des limites dans l’écriture ? Non. La seule limite, c’est si c’est drôle ou pas. Je présente le sketch à mon chien et s’il rigole, alors c’est bon.

N’avez-vous pas d’autres spectateurs que votre chien ? Non, j’ai très peu de copains. Et si je joue devant eux ils vont me piquer mes blagues. Dans le métier on n’a pas de vrais amis Madame !

D’où vient cette approche “sociale” dans vos sketches ? De mon passage à l’usine. Cela a été le déclencheur. Je crois que Shakespeare disait : “si l’art ne dénonce pas, ce n’est plus de l’art, c’est du design”. Mettez ça, c’est classe ! En fait, je crois que tous les humoristes dénoncent quelque chose.

Vous engagez-vous concrètement d’une autre manière ? Ouais, je suis allé voir deux fois les Enfoirés en concert !

En quoi vos origines nordistes influencent-elles votre écriture ? Ça me permet de commettre beaucoup de fautes d’orthographe ! Je ne crois pas trop au régionalisme culturel. À part les gens du sud qui ne font que de l’humour de droite.

D’ailleurs, qu’est-ce qu’il y a de plus ch’ti en vous, à part la bière ? Mon amoureuse, elle a 12 ans.

N’êtes-vous jamais vraiment à jeun avant de monter sur scène ? Non, ça y est, j’ai changé… maintenant je suis très très bourré ! J’ai évolué grâce aux conseils de mon médecin.

Quel serait votre plus gros bide sur scène ? Je ne m’en souviens plus, parce que je suis toujours bourré !

Plus sérieusement, vous avez écrit une chronique sur le syndrome de l’imposteur, sur France Inter. En quoi ce sujet vous touche-t-il ? Je pense que tout le monde l’a, quel que soit son métier. Peut-être un peu plus quand on monte sur scène. D’ailleurs heureusement qu’on l’a. Je ne sais pas si j’irais voir le spectacle de quelqu’un qui ne souffre pas du syndrome de l’imposteur.

Parlons de votre nouveau spectacle. Pourquoi s’appelle-t-il Yolo ? Ça veut dire “you only live once”, soit “on ne vit qu’une fois”. C’est ironique. Je me moque des gens qui disent tout le temps ça.

Ce n’est donc pas votre philosophie ? Non. Par contre, c’est un fait, je dis souvent que la vie n’est pas un sprint, c’est un marathon. C’est moi qui ai dit ça, notez-le !

De quoi allez-vous nous parler cette fois ? C’est l’histoire d’un sans-abri, Éric, qui a perdu son chien dans la ville où je joue et qui le cherche pendant 1 heure 10…

Vous ne voulez pas trop en dévoiler ? Non ! (rires)

La pandémie, la guerre, la crise écologique et sociale… N’est-ce pas une époque inspirante pour les humoristes ? Je pense que toutes les époques l’ont été. C’est la merde depuis un p’tit moment. En fait, depuis qu’il y a des humoristes c’est la merde. Il y a juste plus de canaux de diffusion maintenant. Il y a toujours les riches qui font chier et les autres. Faut les pendre !

Y’a-t-il des choses que vous regrettez ? Votre passage dans On ne demande qu’à en rire par exemple ? Non, je ne crache pas dans la soupe, ça a été une formation très sympa.

Alors, ne regrettez-vous pas parfois, secrètement, d’avoir claqué la porte de HEC ? Non. Je regrette de ne pas l’avoir claquée assez fort ! (rires)

Sinon dans la vraie vie, il est vraiment sympa Guillaume Meurice ? Non. C’est un égoïste qui ne pense qu’à lui. Mais sa copine est sympa !

Propos recueillis par Audrey Chauveau / Photo : © Stéphane Kerrad / KB Studios Paris
Informations
Jeumont, Gare numérique
08.03.202320h, complet !
Laon, La maison des Arts et Loisirs
09.03.202320h30, 30>15€
Ixelles, Théâtre de la Toison d'Or

Site internet : http://www.ttotheatre.com

11.03.202320h30, complet!
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