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Dénominateur commun

© Sarah Blum

Quel rapport entre un mécanicien d’origine malienne vivant dans sa camionnette et des royalistes priant à la Basilique de Saint-Denis ? Des chasseurs à courre et une infirmière à domicile ? En suivant la ligne du RER B, Alice Diop construit un portrait kaléidoscopique de la France.

Dans la vallée de Chevreuse, un couple et son petit-fils se laissent envelopper par le crépuscule. Immobiles, ils guettent l’orée d’un bois. Un cerf apparaît brièvement, avant de faire retentir dans la nuit son brame. Nous commence et s’achève là, tout au bout du RER. On imagine sans peine que ce monde de la chasse est le plus étranger à la cinéaste, née à Aulnay-sous- Bois. Mais c’est bien toute la beauté de ce documentaire que de mesurer les écarts, de rapprocher sans confondre. Si chaque figure ou situation mériterait un film à soi, c’est évidemment leur conjonction qui importe à un moment où la division entre “nous” et “eux” – « cet autre qui n’est plus rien qu’un autre », pour citer le philosophe Jacques Rancière – l’emporte dans les débats politiques. Alice Diop prête au contraire la même attention délicate à tous. Logiquement, il y a aussi du “je” en “nous”. Diop revient sur son histoire familiale, intégrant notamment quelques images fragiles et émouvantes de son père. S’attachant à montrer la vie des « groupes excommuniés de l’ordre symbolique », comme le dit l’écrivain Pierre Bergounioux lors d’une belle rencontre, Nous construit aussi une chose extrêmement précieuse : une communauté de dissemblables.

Raphaël Nieuwjaer // Photo : © Sarah Blum

Documentaire d’Alice Diop. Sortie le 16.02


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