Home Cinéma Ne croyez surtout pas que je hurle

Miroir brisé

© Les Bookmakers, Capricci Films

Coincé dans un petit village d’Alsace après une rupture amoureuse, désormais seul et sans emploi à 45 ans, Frank Beauvais tente de retrouver le fil de son existence en cheminant dans le labyrinthe du cinéma. Ce flot d’images compose la matière d’un premier long-métrage au croisement du journal intime et de la chronique d’un pays en état d’urgence.

D’un côté, une voix blanche livre le récit méthodique d’un deuil amoureux et d’une impuissance à agir. De l’autre, des images, toutes piochées dans les films vus jour et nuit, se mêlent ou s’entrechoquent au rythme des battements de cœur. D’un côté et de l’autre, vraiment ? Non, car Beauvais trouve des échos, fraye des passages entre sa vie et le cinéma, la France d’après le Bataclan et le flux hypnotique des films téléchargés. Aussi, ces extraits et plans ne s’avèrent pas de simples illustrations. Ce sont des masques, des visions déformées, parfois grotesques, d’un réel hors d’atteinte. Ne croyez surtout pas que je hurle a ainsi la texture d’une nuit d’insomnie. Ressassement, attente inquiète des lueurs du jour, vacillement.

Contre-plongée

Oeuvre de cinéphile, ce long-métrage ne fait pourtant pas du septième art une langue secrète partagée par quelques initiés. L’enjeu n’est pas de reconnaître et d’identifier, mais de vivre l’expérience d’une déstabilisante étrangeté. Peu de visages apparaissent : plutôt des objets, des gestes sans cause, des fragments de monde déconnectés. C’est la beauté du film, mais aussi sa limite. La colère n’y est jamais assez vive pour dépasser la complainte, si bien que le fétichisme ne manque pas d’affleurer. Reste alors ce mal-être dont le récit, par son cheminement patient et douloureux, offre l’issue.

Raphaël Nieuwjaer

De Frank Beauvais. En salle. à lire / Ne croyez surtout pas que je hurle, de Frank Beauvais (éd. Capricci), 8 € capricci.fr  

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