Tiens, ils ont repeint !
Les murs ont la parole
Yves PagèsEn 4 000 graffitis, l’écrivain et éditeur yves pagès conte un demi-siècle d’aphorismes, de slogans et autres traits d’esprit peints sur les murs. La beauté est dans la rue. Mieux : elle donne à sourire. Et à réfléchir.
Sans remonter à la Préhistoire, on sait que les Romains, déjà, gravaient des inscriptions sur les façades. Le directeur de la maison d’édition Verticales s’est penché sur les mots couchés à la… verticale, justement. Des phrases parfois mystérieuses, souvent contestataires, pleines de bon(s) (contre-) sens qui ont égayé les rues ces 50 dernières années. Dûment localisées et datées, elles content, bon an mal an, l’état du monde et la doxa populaire. Enfin, celle de la frange prête à franchir le cap de l’illégalité. Longtemps, on a assimilé ces pensées à Mai 68. Or, cet ouvrage au titre joliment ironique, débute en… juin 1968. Il rappelle à quel point nos briques demeurent constellées d’expressions malignes telles que 50 nuances de bris sur un panneau JCDecaux explosé. Citons encore Fainéants mais pas à plein-temps, ou comment reprendre à son compte l’accusation de chômeur-feignasse pour la tourner en dérision, et souligner la précarité de l’emploi. De Paris à la Place Tahrir en passant par Rennes, Pagès réalise un collectage nécessaire de tranches de vie ou de témoignages “historiques” avant qu’ils ne disparaissent (puisqu’ils repeignent). Comme un pied de nez à la triste gentrification de nos villes, ce livre finira, mine de rien, dans des salons qui n’ont jamais vu la moindre bombe de peinture. Ô ironie !

Tiens, ils ont repeint !, Yves Pagès (éd. La Découverte) 300 p., 19 €, editionsladecouverte.fr






