Réparer les vivants
Du coeur à l’ouvrage
Emmanuel NobletEn 2014, Réparer les vivants fut « le » roman à lire. Cette saison, il pourrait bien devenir « le » spectacle à voir. Auteur de l’adaptation de ce livre signé Maylis de Kerangal, Emmanuel Noblet donne vie, ou presque, à tous les personnages de ce récit bouleversant.
Cette rentrée prend des airs de marathon pour Emmanuel Noblet. Après un mois au théâtre du Rond-Point, à Paris, il démarre à La Rose des Vents une tournée de plus de 100 dates à travers la France. Réparer les vivants raconte la folle épopée d’une transplantation : celle du coeur de Simon, 19 ans, en état de mort cérébrale suite à un accident de la route, dans la poitrine de Claire, 50 ans, condamnée par la maladie. Selon le comédien, le succès du spectacle repose avant tout sur l’enjeu de société et les valeurs que porte le texte. Il y voit « une écriture du XXIe siècle répondant à un besoin de sens dans une époque dépressive ». Entre le Parisien et le roman de Maylis de Kerangal, l’histoire remonte à 2014. Elle commence comme une évidence. « J’étais à la recherche d’un projet personnel, raconte-t-il. Quand je suis tombé sur ce livre, j’ai tout de suite pensé qu’il y avait matière à théâtre : le sujet, la galerie de personnages, le récit en 24 heures… ».
Sentiment d’urgence
Pour donner vie à la chaîne humaine qui se constitue au fil de la narration, Emmanuel Noblet décide d’être seul face aux spectateurs : « Pour stimuler leur imagination ». La mise en scène, très sobre, permet de focaliser sur cette course contre la mort. Le décor se résume à une planche de surf et deux chaises, traversé de quelques extraits sonores et des vidéos… à la fois précise et poétique, très rythmée, la langue de Maylis de Kerangal gagne en puissance à l’oral. Lorsqu’on est seul au théâtre, soir après soir, il n’y a pas de place pour les baisses d’énergie. « Il faut être assez en forme, reconnaît le quadragénaire. Et certain de ce qu’on raconte. Or, je ne suis pas près de m’en lasser ». Autre source d’énergie : le public. « Le silence dans la salle est différent d’une représentation à l’autre. Sa densité varie. C’est une histoire qui force l’écoute, et j’adore ça ». Nous aussi.



