L’Ange blessé
Tombés du ciel
Quatre enfances meurtries, autant de contes moraux. Avec L’Ange blessé, Émir Baygazin dresse l’âpre portrait de son pays, le Kazakhstan, au début des années 1990. Après l’URSS, et avant le « miracle » économique lié au pétrole, apparaît une terre abandonnée où le mal guette.
Autonomes, les histoires qui composent le second long-métrage de Baygazin n’en demeurent pas moins liées. Par une même précision dans la mise en scène, d’abord, habile à jouer avec le hors-champ et le surcadrage (cadre dans le cadre). Par des motifs discrets ensuite, tels l’oeuf, le miroir et la flamme. Ceux-ci symbolisent l’essentiel des récits : affaires de transmission et de projection, d’espoir et de désespoir. Le film ne cache pas sa dimension morale, en donnant à chaque partie un titre aux accents bibliques. Contraints par la nécessité ou confrontés à la tentation, Zharas, Balapan, Zhaba et Aslan essaient de s’arracher à la pétrification de leur village, en chantant ou vendant du métal récupéré. S’éloignant d’une topographie a priori réaliste, le troisième conte construit un labyrinthe dans des ruines où semble s’accumuler toute la ferraille du défunt empire soviétique. C’est là que l’allégorie se révèle la plus forte. L’effondrement du monde des adultes et des espérances socialistes a transformé une poignée d’enfants en créatures débiles et droguées, errant dans les égouts. Mais ce lieu sordide tient encore du royaume, de l’univers merveilleux… Après Leçons d’harmonie (2013), Baygazin confirme son talent pour filmer la grâce aussi bien que la chute.
D’Émir Baygazin, avec Nurlybek Saktaganov, Madiyar Aripbay, Madiyar Nazarov… Sortie le 11.05



