John From
Des Papous dans la tête
Et si le cinéma portugais était devenu le plus audacieux d’Europe ? Les bonheurs sont variés, mais de Pedro Costa à João Pedro Rodrigues, et de Miguel Gomes à Gabriel Abrantes, l’inventivité est constante. Teen movie exubérant, John From, le deuxième long-métrage de João Nicolau, en offre encore la preuve.
Rita, 15 ans, passe son été entre leçons de musique et séances de bronzage, les pieds dans l’eau d’une plage improvisée sur le balcon de son HLM, à Lisbonne. Après avoir congédié son petit ami, elle tombe peu à peu amoureuse d’un voisin photographe qui a l’âge de son père. Sur cette trame élémentaire, le réalisateur de L’épée et la rose (2011) réinvente les coordonnées du film d’adolescence. La beauté de John From tient peut-être d’abord à la manière dont Nicolau saisit ce corps de jeune fille oscillant entre indolence et détermination. Offerte au regard pieux du cinéaste lorsqu’elle est sur son transat, Rita traverse le cadre comme elle parcourt son quartier : avec vigueur.
Amour impossible – Cette tension évite au film de transformer son actrice, Júlia Palha, en un simple objet de contemplation. Rita est aussi une force qui va. Pour affirmer un amour impossible, elle ne changera rien moins que le monde autour d’elle. L’idée est forte : à la recherche d’un terrain commun avec le photographe, elle se prend de passion pour l’histoire et la culture des Papous qui apparaissent sur ses clichés. Ce qui était chez l’homme un motif d’intérêt devient chez la jeune fille un mode de vie. Le désir, tout-puissant, n’incite pas à imiter l’être aimé, mais à le fantasmer. John From est en cela un film joyeux et lucide : la passion est une utopie et un vampirisme.
De João Nicolau, avec Júlia Palha, Clara Riedenstein, Filipe Vargas… Sortie le 04.05



