Babyfather
Le caméléon
Savant un peu fou, Roy Nnawuchi alias Dean Blunt (ex moitié de Hype Williams) sort enfin de l’ombre. Plus déterminé que jamais, il revient seul sous le nom de Babyfather avec un projet repoussant les limites du hip-hop.
Roy Nnawuchi a toujours fait parler de lui… sans rien dévoiler. Au grand dam des journalistes qu’il berne lors d’improbables interviews. Racontant qu’il a discrètement rejoint Nation of Islam ou qu’il fut arrêté pour avoir volé des ratons laveurs morts à un taxidermiste ! La musique est à l’image du personnage. Depuis 2011, Roy bâtit une oeuvre iconoclaste, fondée sur un savant mix dub, hip-hop et postpunk. Il enchaîne les projets solo tel le mélancolique The Narcissist II (2012), dont les plages trip-hop sont magnifiées par une guitare sèche aux accords douxamers. Blunt souffle encore le chaud et le froid, avec maestria, sur Black Metal (2014). Un album au titre trompeur et à la beauté fascinante, rappelant les premières livraisons de Tricky. Toujours, il bouscule les codes de la pop et l’usage des instruments traditionnels (guitare, basse, batterie) pour accoucher de quelques symphonies embrumées, où jaillit régulièrement la lumière. Mais nous voici en 2016 et le prodige anglais déboule avec le non moins décapant Meditation. Babyfather saute à pieds joints dans le grime (ce hip-hop poisseux dont la perfide Albion a le secret). Moins exalté, il en devient d’autant plus fiévreux et captivant. à la recherche du beat idéal, il soutient une colère franche. Car sans avoir l’air d’y toucher notre homme se confie enfin. à nous de l’écouter. Sur scène en priorité.



