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Sexe, speed et rock’n’roll

©Robert John

C’était l’événement à ne pas manquer pour quiconque chérissait le « rock’n’roll de drogués »*. Le concert de Motörhead, prévu le 1er février au Zénith de Lille, promettait d’être d’anthologie. Hélas le mythique Lemmy Kilmister s’est éteint le 28 décembre dernier des suites d’un cancer foudroyant. Portrait d’un zicos d’exception qui aura donné sans trop de difficulté un visage à l’expression « sex, drugs and rock’n’roll ».

Ian Fraser Kilmister est arrivé comme un cadeau de Noël, le 24 décembre 1945, dans la ville de Stoke-on-Trent, en Angleterre. Son père ayant déserté le domicile familial après sa naissance, il fut élevé par sa mère et sa grand-mère avec lesquelles il déménage au Pays de Galles. Là-bas, Ian deviendra « Lemmy », en référence à l’expression so british « Lend me (lemme) a fiver », pour « prête-moi un billet ».

A l’âge de 16 ans, le futur rockeur qui vit désormais à Manchester papillonne de bar en bar. C’est alors qu’il découvre les Beatles dont il gratte immédiatement les accords marquant pour toujours sa manière d’appréhender le rock. Débarqué à Londres en 1967, il devient rapidement roadie pour des groupes comme The Move ou… The Jimmy Hendrix Experience ! Une période dont les souvenirs resteront confus, la troupe étant défoncée « au LSD tout le temps », confiera Lemmy.

« Space » Lemmy – 1971 : le guitariste Dave Brock et le saxophoniste Nik Turner forment le groupe Hawkwind dont l’album In Search of Space vient de sortir. C’est à cette formation initiale que viennent se greffer le batteur Simon King et notre cher Kilmister. Agé de 26 ans, ce dernier fait le choix de se mettre à la basse, un instrument qu’il utilisera comme lead guitare. Mêlant rock psychédélique et hard rock, le groupe gagne en notoriété. Lemmy donne à entendre sa voix rocailleuse sur certaines compositions. Et sombre aussi rapidement dans la drogue. Du speed, de préférence – il honnit l’héroïne, qui a tué son premier amour. Il portera tout de même le groupe de space rock jusqu’à ce que beaucoup considèrent comme son âge d’or. Les albums se succèdent. Kilmister compose le morceau Silver Machine, qui deviendra le plus grand hit des Hawkwind. La célébrité s’intensifie, les concerts se multiplient, les tensions aussi – personne ne planant avec le même produit.

Lors de l’été 1975, Lemmy est interpellé à la frontière canadienne pour possession d’amphétamines, en pleine tournée. Abandonné sur place, Kilmister se retrouve de nouveau sans groupe. Peu importe, le voilà déterminé à en fonder un dont « personne ne pourra me virer ». Il s’entoure rapidement du guitariste Larry Wallis et du batteur Lucas Fox. Ils formeront les Bastards… Réflexion faite, ils s’appelleront plutôt… Motörhead ! Nom tiré du dernier titre composé par Kilmister et les Hawkwind. La légende est en marche.

Rock – « We are Motörhead and we play rock’n’roll, all right ? ». Voici la phrase fétiche du chanteur au micro haut perché pour débuter un concert. Kilmister, dont les influences allaient des Beatles à Chuck Berry, rappelait sans cesse le caractère rock du band quand beaucoup s’acharnaient à le limiter au métal. La batterie mythique du groupe et la voix profonde et puissante du leader finiront tout de même par l’installer comme un modèle du style heavy. En 1975 la batterie de Fox est remplacée par celle de Phil Taylor tandis que Wallis laisse sa place au guitariste « Fast » Eddie Clarke. C’est avec ce dernier que Motörhead connaît le succès. Du génial premier né Overkill (1979) au cultissime Ace of Spades (1980), la popularité des rockeurs s’envole.

Toxique – La célébrité de Lemmy croît autant que sa consommation impressionnante de stupéfiants… et de sexe. Son style de vie alimente la légende de celui que le magazine Maxim appelle « L’Homme aux 2000 conquêtes ». Si le chanteur aux belles bacchantes précisera qu’à l’époque il n’en était qu’à 1000 (!), le nombre n’en reste pas moins conséquent. Carburant à une bouteille de whisky par jour (qu’il remplacera sur le tard par de la vodka), il enchaîne les concerts et jongle avec les musiciens. Clarke quitte le groupe en 1983, remplacé par Phil Campbell. Les batteurs se suivent et se ressemblent. Le groupe perd en vitesse et en qualité. A cela s’ajoute une réputation de plus en plus sulfureuse que viennent renforcer de cocasses anecdotes : évanouissement sur scène suite à un excès de sexe ou ordonnance d’un médecin lui intimant de ne jamais donner son sang, bien trop toxique… Une attitude fantasmée par les médias mais un poil décevante pour certains fans. Qu’importe, la rock star brule la chandelle par les deux bouts. Et même affaibli par des départs et arrivées intempestifs, le groupe préféré des Hells Angels reste productif.Jusqu’au dernier et très attendu Bad Magic, sorti en 2015.

Bien qu’aucuns de ces albums ne rivalisent avec le puissant Ace of Spades ou le novateur Overkill, ils confortent tranquillement la légende de Motörhead. Quant à Lemmy, il aura fait du rock’n’roll un véritable choix de vie. Jusqu’à l’incarner.

Sonia Abassi

* Une expression utilisée par Lemmy.


le samedi 9 janvier à  23 h 30, l’enterrement de Lemmy Kilmister sera diffusé sur Youtube. Et tout cela en direct du Forest Lawn Memorial Park de Hollywood Hills, à Los Angeles. Où le chanteur au stetson noir vivait depuis plusieurs années, loin de son Angleterre natale.

Sur la chaine du groupe, une demande est formulée: “Qu’importe l’endroit où vous vous trouvez, s’il-vous-plait, rassemblez-vous et regardez cet événement, où se trouveront les amis et proches de Motörhead. Allez dans votre bar ou club favori, assurez-vous qu’ils aient accès à Internet et trinquez avec nous. Ou invitez simplement vos potes pour célébrer la vie de Lemmy à la maison. Qu’importe le lieu ou la façon, mais rassemblons-nous le samedi 9 janvier pour célébrer la vie de notre cher ami et irremplaçable icône.

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