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Le serial publisher

Cinéma bis & Fanzinat
Didier Lefèvre

Tiré entre 300 et 400 exemplaires, Médusa consacre chaque année 200 pages au cinéma de genre. En attendant la sortie du numéro 27 en janvier, rencontre avec son créateur, Didier Lefèvre.

D’où vient votre goût pour le cinéma bis ? J’avais 6 ans en 1977, et La Guerre des Étoiles fut un vrai choc. Ensuite, grâce à l’explosion des vidéoclubs, j’ai écumé tous les genres : du Jackie Chan, du Bruce Lee, du fantastique, de l’horreur… Mais ma passion reste le cinéma fantastique.

Comment définiriez-vous ce genre ? Le cinéma bis est l’équivalent du cinéma d’exploitation américain, soit des séries B, des films à petit budget qui étaient projetés en double programme pour le prix d’un billet. Dès les années 1950, on sortait des westerns, des films de cape et d’épée, sexy, fantastiques, et des déclinaisons de grands succès à la pelle. Il existe ainsi une quarantaine de Django !

Quelles sont les différences avec les productions dites « conventionnelles » ? On osait tous les excès et brisait les tabous. Pas forcément en montrant, mais en suggérant fortement, avec des sous-genres comme la teensploitation, la sexploitation, la nazisploitation (des films complètement barrés de prisons de femmes) …

Comment est-il « fabriqué » ? C’est un genre paradoxalement très codifié, avec un cahier des charges rigoureux, soutenu par des producteurs qui voulaient faire de l’argent. Certains réalisateurs faisaient preuve d’une réelle inventivité dans la mise en scène, comme Dario Argento et ses plans ultra léchés. Mais il faut parfois voir une dizaine de films pour en trouver un bon, c’est un peu la recherche de l’orchidée qui pousserait sur une bouse.

Quels sont les pays à la pointe dans le domaine ? L’Italie domine, en qualité et en quantité, avec le giallo. D’ailleurs Les Frissons de l’Angoisse (1975) de Dario Argento est l’un des meilleurs films de l’histoire du cinéma, tous genres confondus. Il y a aussi des polars violents, qui sont un témoignage des années de plomb. On peut encore citer l’Espagne, la Grèce, l’Allemagne, la France avec Jean Rollin, l’Angleterre avec la Hammer, et même en Suède, on trouve des films déments !

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Ce cinéma n’est-il pas injustement sous-estimé ? Il a toujours été traîné dans la boue en dépit de sa vraie valeur. En revanche, il n’y a jamais eu autant de soirées et de festivals autour du bis que maintenant. Mais c’est un effet de mode. Ça fait « cool » d’aimer le cinéma bis. C’est l’effet pervers qu’a provoqué Tarantino, en puisant son inspiration dans le cinéma d’exploitation européen et asiatique.

Votre passion pour le fanzine est-elle aussi ancienne ? Je lisais Starfix et Mad Movies. Vers 15 ans j’ai découvert les fanzines musicaux qui parlaient de rock alternatif et de cold wave.

Comment avez-vous créé le vôtre, Médusa ? Au lycée, alors que j’éditais une feuille de chou avec des amis, j’ai eu l’idée d’un fanzine sur le cinéma. Des brouillons de Médusa, en quelque sorte. Le premier vrai numéro est sorti en février 1989, durant ma première année de fac. La parution s’est interrompue en 2004 pour reprendre en 2011.

Quels sujets abordez-vous ? On vise l’exhaustivité, en privilégiant des réalisateurs et des cinématographies peu abordés – comme le cinéma grec dans le dernier numéro, le cinéma scandinave ou encore le krimi (abréviation pour l’allemand kriminal films, ndlr) dans le prochain.

D’une façon générale, quelle serait votre définition du fanzine ? La liberté. Sans contrainte, ni rapport direct avec l’actualité. Je ne m’explique pas vraiment le retour actuel du fanzinat, mais c’est un peu la revanche du papier sur le virtuel. C’est une forme de résistance.

Radio Medusa sur PFM : émission consacrée à l’actualité du fanzinat et au cinéma bis. à écouter sur : www.radiopfm.com/ecoute-des-emissions/radio-medusa

Radio Medusa sur PFM : émission consacrée à l’actualité du fanzinat et au cinéma bis.
à écouter sur : www.radiopfm.com/ecoute-des-emissions/radio-medusa

Propos recueillis par Audrey Jeamart

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