Julian Casablancas
Une époque formidable
Une pochette horrible. Des looks foireux. Des rogatons de chansons évoquant, dans le meilleur des cas, une face Z des Strokes. Voilà, en quelques mots, où se situe Julian Casablancas. Est-ce si grave ? Non, car Julian Casablancas + The Voidz en dit moins sur lui que sur notre monde. Et c’est pas jojo.
En 1975, Lou Reed signait Metal Machine Music et annonçait l’école industrielle. « Ceux qui l’écouteront en entier sont encore plus tarés que moi», lâchait le pervers pépère. Suicide commercial, disait-on alors. Avec Tyranny, Casablancas réalise-t-il, lui aussi, un suicide commercial ? Pas vraiment, puisque les disques ne se vendent plus. Un vaste foutage de gueule, plutôt ? Sans doute. En fait, ce second essai loin des Strokes (et de son premier essai solo, l’excellent Phrazes For The Young, 2009), reflète notre temps, cette ère du vide (ou void, en anglais) où règnent le relativisme généralisé et le je-m’en-foutisme collectif – la gratuité de la musique joue beaucoup dans l’indulgence criminelle face à des œuvres inaudibles dont on sauvera « de bons moments ».
De l’art ou du cochon ? Le gros problème, ou la grande force, de Casablancas, c’est son statut d’entertainer. À l’américaine, c’est-à-dire à l’outrance. Jouant avec les codes (ici, vestes sans manches eighties et images de VHS pourrie), avec les sons (guitares vaguement metal et incursions vers la musique africaine, garage-rock du temps jadis et synthés d’avant-hier), le New-Yorkais dresse un immense doigt d’honneur à ce que l’on connaît de lui – une certaine idée de la mélodie et de l’élégance. On ne sait pas trop à quoi s’attendre sur scène. Se fichera-t-il du public comme il se moque de l’époque ?



