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La disparition

Pas évident de vieillir quand on a été un jeune cinéaste filmant la jeunesse. Larry Clark le prouve. Depuis des années, de film en expo photo, son oeuvre bégaye. Et Gregg Araki ? Il va bien. Très bien, même. Peut-être parce qu’il s’attache, avec White Bird, à filmer ce qui le touche aujourd’hui : la fuite du temps.

Dans une banlieue résidentielle, une femme disparaît, laissant fille et mari face à une énigme. Est-elle morte ? A-t-elle plaqué une vie de plus en plus monotone et asphyxiante ? Avait-elle un amant ? En adaptant le roman homonyme de Laura Kasischke, Araki retrouve la veine la plus « classique » de son oeuvre, celle de Mysterious Skin (2004). Plutôt qu’à l’esthétique « Godard + MTV » de The Living End (1992) ou The Doom Generation (1995), il se réfère à Hollywood. C’est qu’à travers sa reconstitution des années 1980, le film touche aussi à l’imaginaire des années 1950. En croisant le portrait d’une fille et de sa mère, White Bird apparaît même comme un mélodrame hollywoodien revu depuis un teen movie.

D’outre-tombe

En voix-off, Kat raconte ce qu’elle sait ou devine de l’histoire d’Evie, sa mère, peu à peu gagnée par l’idée d’avoir gâché sa jeunesse auprès d’un mari insipide. Pour Kat l’existence, au contraire, n’en est qu’à ses prémisses. Le récit fait alors se répondre les angoisses de la mère et les émois de la fille, la douleur du temps perdu et la joie d’un premier amour. Sans oublier un portrait du père, très touchant en homme effacé. Avec son film le plus sobre, Araki compose ainsi une toile d’émotions complexes, du mépris jusqu’à l’impossible deuil, des premiers troubles jusqu’à la honte. Avec, derrière la porte, un secret qui ne demande qu’à sortir.

Raphaël Nieuwjaer

De Gregg Araki, avec Shailene Woodley, Eva Green, Christopher Meloni… Sortie le 15.10.

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