Jeune Et Jolie
On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
François OzonJeune et Jolie, ou le portrait d’une adolescente qui choisit de se prostituer. Point de provocation ici, rien de sulfureux, mais une exploration délicate des désirs et de la solitude d’une lycéenne, finement mise en scène par François Ozon. Rencontre avec un raconteur d’histoires prolifique et éclectique.
Quel fut le point de départ de ce nouveau film ?
J’avais abordé l’adolescence dans mes premiers courts et longs-métrages, puis me suis tourné vers les adultes à partir de Sous le Sable (ndlr. 2000) et ma rencontre avec Charlotte Rampling. J’ai souhaité revenir à cette période, avec une distance et une maturité nouvelles, en esquissant le portrait d’une jeune fille de dix-sept ans, par son éveil aux sentiments et à la sexualité.
Pourquoi avez-vous choisi le thème de la prostitution ?
L’adolescence est vraiment une période de transformation durant laquelle on n’a pas vraiment conscience du danger. On a envie de transgresser, quitte à se brûler les ailes. C’est ce que je voulais souligner.
Avez-vous effectué des recherches sur la prostitution ?
J’ai interrogé des policiers spécialisés et la brigade des mineurs, pour vérifier la crédibilité de mon histoire. J’ai également rencontré le psychiatre Serge Hefez, qui apparaît dans le film. Sur cette base réaliste, j’ai raconté une histoire particulière. Ce n’est pas un film générationnel sur les adolescents, ni un film sociologique ou une thèse sur la prostitution, même si je montre qu’on accède à la pornographie en deux ou trois clics.
Comment avez-vous choisi Marine Vacth ?
Durant le casting, Marine m’a tout de suite intéressé parce qu’elle était mystérieuse. Pile ce que je voulais pour incarner une jeune fille très secrète. De plus, au-delà de la beauté évidente de Marine, on perçoit en elle une intériorité. Son regard mélancolique racontait déjà une histoire et annonçait un jeu avec le hors-champ très précieux pour le film.
Pourquoi ce découpage en quatre saisons et quatre chansons ?
Pour un lycéen, une année scolaire représente une éternité. Ce découpage en saisons représente quatre moments-clé du parcours d’Isabelle. Dans les chansons de Françoise Hardy, on trouve une mélancolie, une vision de l’adolescence teintée de désillusion romantique. Ces morceaux soulignent des moments poétiques et introduisent une autre narration.
Certains films sur l’adolescence vous ont-ils inspiré ?
À seize ans, j’ai découvert À Nos Amours (ndlr.1983), de Maurice Pialat. Un véritable choc. C’est l’un des plus beaux portraits d’adolescente. Cette jeune fille a du mal à accorder ses sentiments et sa sexualité, comme dans mon film. Je pense également à La Boum (ndlr.1980) qui, d’une certaine manière, est aussi une vision idéalisée de l’adolescence.
Pourquoi alternez-vous comédies et projets plus intimes ?
J’aime passer d’un genre à l’autre, sans me répéter. Je n’ai pas de plan de carrière, même si je sais qu’un échec pourrait
m’empêcher de refaire un film. Mon prochain long-métrage se souciera des adultes, des gens de mon âge vivant des expériences fortes. Une histoire d’amour, un peu bizarre. C’est tout ce que je peux dire pour l’instant !
Jeune Et Jolie, de François Ozon
avec Marine Vacth, Charlotte Rampling, Frédéric Pierrot, Géraldine Pailhas, Nathalie Richard…
Photos Jeune et jolie, François Ozon et Marine Vacth © Jean-Claude Moireau







