Home Best of Chroniques La Dernière fois que j’ai vu Macao

Playback

João Pedro Rodrigues et João Rui Guerra da Mata

Pour le cinéphile, Macao n’est pas seulement une ancienne colonie portugaise dirigée par la Chine depuis 1999. C’est d’abord un film noir de Josef von Sternberg avec Robert Mitchum et Jane Russell. Dans La Dernière fois que j’ai vu Macao, João Pedro Rodrigues et João Rui Guerra da Mata ne se soucient pas de trancher entre le réel et le cinéma : ils embrasent l’un par l’autre.

Devant une piste parcourue de tigres, Candy reprend en playback You Kill Me, interprétée par Russell soixante ans plus tôt, dans Macao. Puis, plongée dans une affaire la mêlant à la mafia locale, elle appelle à l’aide un vieil ami. De ce dernier (Guerra da Mata lui-même), on ne percevra que les mains, quelques photos de son enfance à Macao,et sa voix, toujours off. Audacieux parti-pris : conter une histoire dont les protagonistes restent essentiellement hors-champ. Un film désincarné ? Non, grâce à une idée géniale : transformer de vrais passants, saisis sur le vif, en véritables personnages. Troublant sans cesse les frontières entre « fiction » et « documentaire », le film s’invente alors comme un lieu de mémoire. Passé et présent, réalité et cinéma se mêlent et se révèlent réciproquement. Guerra de Mata revient sur les lieux de son enfance, « retrouve» le bas que Russell avait jeté par-dessus le bastingage au début de Macao, se perd dans une ville qu’il ne reconnaît presque plus. La mémoire apparaît comme une fiction et cette dernière, comme un moyen de percevoir le monde. Ce faisant, les deux hommes arpentent et réinventent le plus beau pays qui soit, le Cinéma.

Raphaël Nieuwjaer

avec Cindy Scrash…


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