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Blague à part

(c) Penseur étoile

Penseur étoile s’est fait une spécialité de poser ses calembours sur des images antédiluviennes, provoquant un irrésistible décalage entre les époques, et surtout le fond et la forme. C’est “Flipper le défunt”, “Ehpad’Patrouille” ou “Bach Friday”, entre autres trouvailles de génie ! À l’heure où les éditions Bandes détournées publient son troisième livre, le déjà indispensable Gloss’hair revendica’tif, ce « joyeux quarantenaire » né à Charleroi et désormais installé à Liège, s’est prêté à l’exercice de l’interview, sans rire cette fois – ou un peu…

D’abord, pourquoi ce nom, “Penseur étoile” ? Parce qu’au départ, j’ai commencé en postant mes “pensées du jour” sur les réseaux, sans images. Ce pseudo renvoie donc à “danseur étoile”, tout simplement !

Sur votre compte Instagram, vous vous présentez comme “Grand Maître de l’ordre du calembour” et “Président de la chaire de polysémie de la Sorbonne”… Est-ce bien sérieux ? Cela date de l’Abécéd’hair approxima’tif, le premier bouquin que j’ai publié avec Un Faux Graphiste. Ça nous faisait marrer de nous donner des titres ronflants pour des choses aussi triviales. D’ailleurs, dans le même esprit, je suis aussi recordman mondial de la plus longue contrepèterie, avec 426 mots…

Comment qualifieriez-vous votre travail ? Il peut s’apparenter à celui d’un “mèmeur”, dans le sens où je réutilise des images qui ne sont pas de moi. Je suis incapable de dessiner, je rate même les bonshommes bâtons ! J’use donc principalement de gravures, de photos ou de peintures datant du XIXe siècle, voire d’avant… En somme, tout ce qui tombe dans le domaine public. J’aime beaucoup le décalage entre la désuétude de ces images et des jeux de mot traitant de sujets très actuels, comme “Moby Dick pic”.

(c) Penseur étoile

(c) Penseur étoile

D’où vous vient cet attrait pour les calembours ? D’aussi loin que je me souvienne, mon père en a toujours fait, mon frère aussi… C’est une affaire de famille ! Cette gymnastique cérébrale fonctionne donc depuis longtemps.

Concrètement, comment travaillez-vous ? Dans 90% des cas, tout part du jeu de mot, auquel j’essaie de donner corps via une image trouvée sur le web, mais le résultat final est souvent différent de ce que j’avais en tête.

Où dénichez-vous ces images ? Au début sur le compte Flickr de la British Library, empli de milliers de vieilles gravures, et désormais via d’autres fonds sur Internet. Le plus dur est de trouver l’illustration dans une bonne résolution.

La modifiez-vous ? Très peu. J’essaie de la garder dans son jus, de la sublimer avec un sous-titre ou un dialogue mais en intervenant le moins possible, comme avec “Pâques de six” ou “Flipper le défunt”. En somme, il s’agit d’être percutant en une image et avec très peu de texte, car une blague expliquée, c’est une blague qui meurt. Cela vient sans doute de mes inspirations : Geluck ou Plonk et Replonk, un duo suisse expert dans le détournement de vieilles photos et qui me fait rire à gorge déployée.

(c) Penseur étoile

(c) Penseur étoile

Pouvez-vous nous parler du Gloss’hair revendica’tif ? Quel est le thème de ce nouveau livre ? C’est le troisième tome d’une série débutée avec l’Abécéd’hair approxima’tif puis le Dictionn’hair alterna’tif… La recette reste la même, à savoir une planche et un jeu de mot. Il y en a plus de 120 ici. Toutefois, j’avais cette fois envie d’être un peu plus “politisé”, de porter un regard amusé et parfois acide sur l’actualité. On ne va pas se le cacher, mes blagues sont toujours très à gauche. Sans être moralisateur, je lance de petites piques bien senties, dans une société qui se droitise de plus en plus, aussi bien en Belgique qu’en France, avec par exemple le coiffeur de “Fachosp’Hair”, toujours heureux de trouver de “bonnes racines françaises” dans la chevelure de ses clients…

Parmi cette sélection, quelles seraient vos créations préférées ? J’aime bien le “Porc d’Amsterdam”. Le jeu de mot paraît facile, mais je suis vraiment content d’avoir déniché la bonne image car, un cochon qui fume, ce n’est pas facile à trouver, d’autant plus dans une vieille gravure ! “L’Aerofuji”, avec le petit “prout” lâché du haut de la montagne, me fait bien rire aussi, mais j’ai un humour assez basique.

(c) Penseur étoile

(c) Penseur étoile

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A LIRE ICI / LE PORTRAIT DE PENSEUR ETOILE

Propos recueillis par Julien Damien

À visiter / @penseuretoile

À lire / Gloss’hair revendica’tif de Penseur étoile (Bandes détournées) 128p., 17€, bandesdetournees.fr

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