Les fous du volant

Une orgie de métal plié, un concert de moteurs rugissants, de crissements de pneus… et beaucoup de crashs. Non, ça ne tourne pas très rond chez ces pilotes de l’extrême. Plutôt ovale, comme l’anneau de vitesse de Warneton avec ses deux virages inclinés façon Daytona. Voilà près de 40 ans que ce petit coin de campagne de la Province de Hainaut vibre au rythme de son speedway, l’un des plus fameux circuits de stock-car d’Europe. Evidemment, il fait un carton.

Comme toute sous-culture qui se respecte, le stock-car (littéralement “voiture de série”) est né à la marge. Cette histoire commence aux USA, en pleine prohibition. Les contrebandiers trafiquaient leurs autos pour semer les policiers et, petit à petit, des compétitions virent le jour, avec leur lot de frictions. Comme le rock, le concept a fait tache d’huile, et comme le rock, ce sont les Anglais qui lui ont donné ses lettres de noblesse – en sublimant le froissement de tôle.

© Xavier VerquinC’est d’ailleurs dans la perfide Albion que Roland Vandermeersch s’est pris de passion pour ces courses musclées. Le natif d’Ypres, autrefois pharmacien, a toujours été un fondu de vitesse. « J’ai été pilote et j’organisais des rallyes dans le coin. Mais en 1979, un accident a causé la mort d’un participant. A l’époque, ce n’était pas sécurisé comme aujourd’hui… Bref, j’ai tout arrêté, puis j’ai lu un article dans un magazine anglais évoquant des circuits en ovale. Je me suis rendu sur place pour voir…  et j’ai trouvé ça formidable ! ». Ni une ni deux, en 1980, notre homme achète un vaste terrain à Warneton. Ainsi naquit Camso (pour Comines Auto Moto Speedway Organisation) et l’une des pistes les plus ahurissantes du Vieux Continent. Depuis, de mars à décembre, plus de 200 fous (ou folles) du volant y croisent le fer. Ils viennent du nord de la France, des Pays-Bas, de Belgique ou d’Angleterre, là où le stock-car est encore roi.

© Julien DamienLe dôme du tonnerre

Ici se côtoient véhicules de série bon marché, vieilles limousines, épaves antédiluviennes parées de couleurs pétaradantes et taguées de messages à caractère informatif (“Terminator”, “I Love Mom”…) mais aussi de belles américaines aux moteurs puissants (V8), ces fameuses “Nascar” (de celles pilotées par Tom Cruise dans Jours de tonnerre…). Dans les gradins, entre deux cornets de frites, quelques bières et un petit fond d’Eurodance, le climat est bon enfant et le public plutôt familial. Mais personne ne s’y trompe. Parmi les huit catégories, la plus attendue est bien celle des “bangers”. Quèsaco ? Pour situer, c’est un peu comme du catch… mais avec des voitures. « C’est une course de vitesse où tout est permis, sauf rouler en sens inverse ou foncer dans la portière du chauffeur. Par contre on peut envoyer le pilote qui précède dans le mur… c’est full-contact ! », assure Roland Vandermeersch, aujourd’hui âgé de 71 ans.

© Xavier VerquinDès lors, les 430 mètres de bitume de Warneton prennent les allures d’une arène moderne. Les gladiateurs sont casqués et bien harnachés au sein de bagnoles dépouillées : en gros, il reste le volant, le moteur (d’origine), un siège et trois pédales (dont une qui ne sert à rien). A la fin, ne subsiste de ces bolides qu’une bouillie de métal – que n’aurait pas reniée un certain César. A ce jeu du “pousse-toi-delà”, certains ont leurs petits secrets. « Le plus efficace c’est de viser le pneu arrière, pour le crever… », nous glisse l’un des concurrents, malicieux. Il n’y a certes rien à gagner (à part une coupe, et pas mal de bleus) mais sur le macadam, on ne plaisante pas.

La caravane casse

En dehors du circuit, dans une vaste zone s’apparentant à une casse automobile géante, l’ambiance est à la rigolade, et l’heure est à la réparation. Ici on tente de redresser une portière au pied de biche, là de ressusciter un moteur fumant… A l’image de Greg, habitué des lieux depuis 1998, qui s’apprête à dire adieu à sa vieille Renault 9. Ce Calaisien de 44 ans est le fondateur de la team No Limit, rassemblant toute une clique de passionnés de mécanique. « Le stock-car, c’est d’abord l’occasion de se réunir entre potes en jouant aux autos-tamponneuses, mais grandeur nature ! ». Et qui dit nature dit camping. Et qui dit camping dit ?… Caravanes, bien sûr ! Ce seront elles les stars de la saison, le premier dimanche de septembre. « C’est une tradition qui court depuis 20 ans et ça sera plein à craquer, affirme Roland Vandermeersch. Il y aura aussi un tremplin, et le but sera d’effectuer le plus de tonneaux possible… ». Et là, ça casse ou ça casse.

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Julien Damien

Speedway de Warneton 10 chemin Lutun, 7784 Warneton, 30 > 20 €, enfants 11 > 15 ans : 3 € / gratuit (-11 ans), www.camso.com

Prochains rendez-vous :

19.08 : Bangerstox team races, Camso V8, Bangerstox Wolf versus Belgium

02.09 : European Champ Bangers unlimited, Caravan race, Camso V8 “Budweiser 200″, Mascar, Ramp roll over, Memorial John Vandekerckhove, Bangerstox Old skool

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