Passage en revue

On croyait bien connaître Vimala Pons, nouvelle égérie du cinéma d’auteur français. A seulement 31 ans, elle a déjà joué avec Alain Resnais, Jacques Rivette, Paul Verhoeven, Benoît Jacquot… Pour autant, celle qui crève l’écran dans La Loi de la jungle d’Antonin Peretjatko n’est pas qu’une actrice. Formée à l’école du cirque, elle brille aussi sur les planches en compagnie de son éternel complice, Tsirihaka Harrivel. Les voici dans GRANDE – où ils enchaînent les prouesses physiques, entre numéro de strip-tease acrobatique et lancer de couteaux, jouent des hymnes et des marches en direct dans un spectacle ovni « à compléter soi-même ».

Comment ce spectacle est-il né ?

Vimala : Tout a débuté au CNAC à Châlons-en-Champagne en travaillant sur la possibilité de parler dans un spectacle de cirque, en 2004. Notre projet s’est précisé lorsqu’on a joué de la musique ensemble, en 2011.

Tsirihaka : Oui, on s’est penchés sur la musique de cirque, lequel a été inventé par un militaire, Philip Astley (1742-1814). Les premiers instruments utilisés renvoyaient au champ de bataille : le tambour, la cornemuse… Le cirque a ainsi créé beaucoup de marches et d’hymnes. On en a donc imaginé d’autres, comme « Bon, alors quoi ? » que l’on joue en direct, traduisant des doutes plutôt que des actes héroïques. L’autre inspiration de GRANDE -, c’est le music-hall, celui des débuts, très différent de celui qu’on a en tête, avec les danseuses…

Qu’a-t-il de si particulier ?

Tsirihaka : Il était très proche du cirque, avec des numéros où des types se promènent avec 300 assiettes sur la tête, où des “monologuistes” apprennent un bottin par coeur… C’est un art précurseur, moins héroïque que le cirque, en rapport avec des choses du quotidien.

Que verra-t-on sur scène ?

Tsirihaka : On a repris au music-hall le principe de la revue d’actualités, qui était présentée par deux personnes : le compère et la commère. Il s’agit de redonner aux actes tout leur sens. à travers des rébus visuels, on fait tout ce qu’on dit et dit tout ce qu’on fait, le spectacle est très littéral. Moi, je m’accroche à des objets. Vimala en porte. On pose donc la question : que signifie porter ou s’accrocher à quelque-chose dans la vie ? Cela peut-être l’amour ou un jean.

Pourquoi écrire « GRANDE – » avec un tiret ?

Vimala : On s‘est inspiré de Robert Filliou, qui a écrit un recueil de poèmes courts à compléter chez soi. De ce fait le spectacle est à achever, grâce l’imagination de chacun.

Quelle spécialité affichez-vous ici Vimala ?

Porter des objets sur ma tête, en équilibre. C’est une chose que j’ai besoin de faire dans la vie. Je me sens aussi proche des monologuistes, du music-hall tel qu’il était pratiqué autrefois. D’où vient d’ailleurs votre goût pour le cirque ? J’ai toujours voulu écrire. Mais, ne parvenant pas à réaliser un film, écrire un livre ou une pièce, je me suis naturellement dirigée vers le cirque. Celui-ci rassemble tous les arts, il permet d’inventer en permanence, d’être en situation de transit, illégitime un peu partout.

Pourquoi avez-vous eu aussi envie d’être actrice ?

A la suite de cette même insatisfaction. J’écrivais des scénarios seule tandis que je suivais des cours en fac d’histoire de l’art. Pour affiner des dialogues je me suis inscrite à un cours de théâtre et j’ai commencé à jouer. Ce travail d’écriture n’a pas abouti. Mais il est important pour moi de naviguer entre les deux registres : être acteur c’est répondre à un désir et écrire c’est en créer.

Généralement, qu’est-ce qui guide vos choix au cinéma ?

Je regarde d’abord la façon dont sera réalisé le film. Un dispositif de tournage original retiendra mon attention. Par exemple : placer la caméra à hauteur d’enfant, n’exécuter qu’une prise, filmer en 21 images par seconde au lieu de 24… Ce genre de défis m’excite vachement ! Depuis que le cinéma existe, il n’a été qu’à de rares occasions remis en question.

Avez-vous l’impression de faire partie d’une nouvelle vague du cinéma français ?

J’ai eu ce sentiment lors de la sortie de La fille du 14 juillet (2013). Le fait de tourner des films avec presque “rien” semblait favoriser l’émergence d’une nouvelle Nouvelle Vague mais je n’en suis plus si sûre. Heureusement, il existe toujours des auteurs qui défient les lois du marché et créent des oeuvres singulières.

Quels sont vos projets au cinéma ?

Je joue dans deux films dont on compose pour l’un la musique avec Tsirihaka : Allons enfants de Stéphane Demoustier. Il raconte le périple d’une fillette perdue dans Paris. On a tourné en sauvage. La caméra se situe du point de vue de l’enfant. Elle rencontre des adultes et leur pose des questions innocentes, toutes simples, philosophiques…

Qu’en est-il du second film ? Les Garçons sauvages a été réalisé par Bertrand Mandico sur l’île de la Réunion. Il met en scène des ados violents au début du XXe siècle. Je joue le rôle du leader de la bande. Ceux-ci sont envoyés en redressement sur un bateau duquel ils s’échappent et échouent sur une île où ils vont se transformer en filles… On se situe entre David Lynch et Pinocchio. C’est d’une grande maîtrise technique. En découvrant ces images on se dit que cela fait longtemps qu’on n’a pas vu de cinéma.

Il paraît que vous avez écrit la suite de Hook, ado…

C’est vrai et hyper-sérieux (rires). Il s’agissait plutôt d’un synopsis détaillé, avec des parties dialoguées. Je l’avais traduit toute seule, en Anglais. J’avais aussi rédigé une lettre de motivation en expliquant que j’avais treize ans et que ceal constituait vraiment un bon argument de vente. J’avais écrit aux Cahiers du Cinéma, à Studio et Première pour obtenir l’adresse de Spielberg. Studio m’a répondu en m’envoyant celle du fan-club. Mais un jour, en allant chez un dentiste, j’ai lu dans un magazine, en salle d’attente, que Spielberg ne souhaitait plus tourner avec des enfants… Ça m’a complètement achevée ! A vrai dire, je regrette toujours ne pas lui avoir envoyé mon texte.

Vous avez aussi jouée dans… Ça Cartoon !

Oui, à 12 ans j’ai présenté l’émission pour le Nouvel an. J’avais une amie avec qui je jouais au tennis et qui participait à des castings. L’histoire est banale : je l’ai accompagnée et c’est moi qui a été choisie. Je jouais vraiment hyper-mal mais j’étais très contente. C’est ma première expérience cinématographique !

Propos recueillis par Julien Damien
Informations
Lille, Théâtre du Nord

Site internet : http://www.theatredunord.fr/

15.03.2017>16.03.201720 h 30, 17>5€

Elles en rient encore
Lille – 15.03 > 6.04, le Prato, le Théâtre du Nord, La Comédie de Bétune, 17 > 5 € par spectacle (abonnés théâtre du Nord: 13 €) > Programme : Nyctalope de Law Cailleretz et Camille Guenebeaud (15 & 16.03) // Diktat de Sandrine Juglair (20 & 21.03) // VIVIX : Ovaires et contre tous ? de Sylvie Bernard (21, 22 & 23.03) // À mes amours d’Adèle Zouane (28.03)

Articles similaires