Biennale Charleroi Danses : Jaguar
Marlene Monteiro Freitas (CV/PT) avec Andreas Merk
Elle est née au Cap Vert et grandit jusqu’à 14 ans à Mindelo, la ville de Cesaria Evora, ce berceau musical de la morna et d’un carnaval flamboyant. Enfant, elle participe aux cortèges excentriques, grouillant de figures travesties, terrifiantes, belles et joyeuses. Marlene se distingue très tôt par son travail énergique, traversé par la chimère, la couleur et le masque… Transgressive, elle cultive le mélange généreux des genres et les métamorphoses. Ses études à P.A.R.T.S. (Bruxelles) et à Lisbonne (Fondation Calouste Gulbenkian) l’amènent à devenir interprète entre autres pour Boris Charmatz, Tânia Carvalho, Emmanuelle Huynh ou Loïc Touzé, et à co-créer avec Trajal Harrell, François Chaignaud et Cecilia Bengolea. Cela n’entame en rien la nature explosive et surréaliste dont elle va faire preuve dans ses propres créations. « La danse, c’est comme un chorizo, sourit‑elle, un fine membrane dans laquelle on tasse une foule d’ingrédients. J’aime jouer avec la saturation. »
Jaguar puise son inspiration débridée du côté de l’art brut exubérant d’Adolf Wofli, du Cavalier bleu des expressionnistes et des fantasques Contes d’Hoffmann, qu’elle injecte d’animalité et de carnaval capverdien ! « Une scène de chasse hantée », selon Marlene Montero Freitas, qui crée avec son complice danseur Andreas Merk cet étrange et dissonant duo de danseurs marionnettes. « J’aime la contradiction de la marionnette : morte et mouvante, inconséquente et libre, elle peut tout faire mais aussi tout enchaîner sans apparente logique car ce n’est jamais elle qui décide. » Jaguar est un chaos finement orchestré, un tourbillon de visions compulsives, propice à chauffer les imaginaires. « L’histoire d’un organisme perturbé éclaire maintes fois d’une lumière nouvelle le fonctionnement de ce même organisme en état de santé. », dixit Marcel Réja, auteur de L’art malade, dessins de fous. Alors ce rugissant Jaguar serait-il le miroir déformé de nos pulsions ensauvagées ? À voir…


