LA GRADIVA
Voir Naples et mourir
De Marine AtlanUn voyage scolaire en Italie, des désirs qui s’éveillent, une mémoire familiale qui affleure sous la cendre du Vésuve – et, en embuscade, le couperet de Parcoursup. Premier long métrage de Marine Atlan, La Gradiva fait surgir de la chronique adolescente une émotion aussi brûlante que la lave.
Directrice de la photographie de Jessica Forever ou de L’Engloutie, Marine Atlan a l’œil pour les lumières naturelles et les cadres animés. Avec cette première réalisation, elle cherche à tenir les deux bouts du cinéma d’auteur français. D’un côté, le naturel et la fougue de la jeunesse. De l’autre, la gravité et la quête d’une profondeur mythologique. Dès son titre, La Gradiva convoque toute une généalogie littéraire et psychanalytique. Le bas-relief antique de la “femme qui marche” est cette figure qui inspira la nouvelle de Wilhelm Jensen, puis l’analyse de Freud. Cet ancrage n’écrase en rien les personnages, parmi lesquels se distinguent Toni le cancre (Colas Quignard), James le charmeur (Mitia Capellier-Audat) et Suzanne l’intello (Suzanne Gerin). Sans renoncer aux archétypes du teen movie, le film accorde à chacun une attention qui le rend à la fois plus familier et plus opaque, et révèle la sensibilité des trois interprètes. En profondeur, des forces s’activent – liées à la géologie, à l’histoire, mais aussi au désir. Entre les lycéens, un débat sur la méritocratie et l’avenir de la France rappelle le rôle de l’école dans la reproduction sociale. Ce que montre sans naïveté Marine Atlan, ce sont aussi les derniers feux d’une apparente mixité, et la force des déterminismes.
De Marine Atlan. Avec Mitia Capellier-Audat, Colas Quignard, Suzanne Gerin… Sortie 21.10.2026



