MAHI GRAND
Les Dents de l’enfer
(Dargaud)Comment le Nouvel Hollywood, ce mouvement anti-establishment qui modernisa le cinéma américain, est-il mort ? On a coutume d’évoquer le succès massif d’un film pour enfants tel La Guerre des étoiles (George Lucas, 1977) ou, deux ans avant, le hold-up commis par Les Dents de la mer, initialement envisagé comme une honnête série B et confiée à un quasi-débutant de 27 ans nommé Steven Spielberg. Un cinéaste rempli de talent, de vision et de courage. D’un scénario remanié à plusieurs reprises, l’Américain fait feu de tout bois : épouvante, évidemment, mais aussi dénonciation d’institutions privilégiant le profit à la sécurité (très en vogue dans les thrillers paranos post-Watergate), réflexion plus profonde sur la masculinité, à travers trois hommes très différents affrontant leurs peurs. Assis sur les épaules des géants (le travelling compensé hitchcockien, les références à Moby Dick…), Spielberg voit loin. Cet album réussit, par de jolis tours de passe-passe narratifs, à évoquer les conditions de tournage dantesques de ce blockbuster. Et le Nouvel Hollywood, dans tout ça ? D’autres situent sa fin avec le naufrage commercial que fut La Porte du paradis (1980), la fresque de Michael Cimino. Son tournage mériterait, lui aussi, une belle bande dessinée de ce type.



