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Que la farce soit avec vous

Combattre les forces du mâle © La Maculée Conception

Depuis 2017, Perrine Lohé détourne les expressions toutes faites et les colle, à grand renfort de paillettes, sur des badges qui font mouche. Rencontre avec cette « obsédée textuelle » qui manie l’humour comme une arme de destruction massive contre les dominations en tout genre.

Tout est parti d’une machine à badges croisée un peu par hasard, en 2014, à la Fanzinothèque de Poitiers où elle effectuait un service volontaire européen. « Je n’avais pas prévu d’en vivre, mais les choses se sont enchaînées naturellement », raconte-t-elle. Elle possède pourtant un master en langues et littératures romanes obtenu en Belgique, sa terre natale. Cinq ans plus tard, la voilà lancée à temps plein dans ce qu’elle appelle elle-même « la blague à paillettes ». Depuis, son pseudonyme, La Maculée Conception, clin d’œil autant à la sérigraphie – la macule désignant la feuille test avant impression finale – qu’au vocabulaire religieux, s’est imposé sur les marchés et les réseaux sociaux.

A bon entendeur

L’humour, chez elle, remonte à l’enfance. « Les jeux de mots ont toujours fait partie de notre manière de communiquer dans ma famille », confie-t-elle, évoquant un père féru de saillies absurdes (“Orage en août, pâté en croûte !”), disparu en 2017, à qui elle a dédié une micro-édition d’épitaphes imaginaires. De cette veine familiale, elle a gardé le réflexe de tordre le réel au quotidien : « la plupart du temps, j’ai des sortes de fulgurances, que je m’empresse de noter en m’envoyant des SMS à moi-même ». Le tri se fait ensuite en petit comité, sa sœur d’abord, son compagnon ensuite : « si tout le monde a ri, généralement ça part en prod’ ».

Ne partons pas facho / ça n'en vaut pas le pen © La Maculée Conception

Ne partons pas facho / ça n’en vaut pas le pen © La Maculée Conception

Des mots qui font bouger les lignes

Mais derrière les paillettes, la formule reste un outil résolument politique. Féminisme, rapports de classe, écologie : « ma colère se porte sur la domination », explique-t-elle, avant d’ajouter que l’humour permet de dire sans écraser, de dénoncer sans clouer au pilori. Un numéro d’équilibriste qu’elle teste sans relâche auprès de son public, observant sur les marchés les visiteurs relire ses phrases dans leur tête avant, espère-t-elle, d’esquisser un sourire. Avec près de 300 slogans détournés, du caustique “Ne partons pas facho” au mélancolique “Demain est un autre aujourd’hui”, Perrine entend résister à la novlangue ambiante et recréer du lien, à l’heure où le collectif s’effrite.

Texte : Nicolas Pattou / Photos © Perrine Lohé
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