Home Cinéma LA CORDE AU COU

Tour pendable

De Gus Van Sant

Le 8 février 1977, Tony Kiritsis pousse la porte d’une société de prêts avec un simple carton sous le bras. Il en ressort avec le fils du patron et cadre de l’entreprise. Autour du cou de celui-ci : un câble relié au mécanisme d’un fusil à pompe scié. Le dispositif garantit que le moindre faux mouvement pourrait être fatal.  De cette histoire vraie, Gus Van Sant tire un film vif et grinçant sur la violence des rapports de classe.

Dans les années 1990 et surtout les années 2000, Gus Van Sant s’impose comme l’un des cinéastes américains les plus novateurs. Capable d’alterner films grands publics (À la rencontre de Forrester, 2000) et œuvres expérimentales (Gerry, 2002), voire de faire les deux en même temps (Psycho, 1998), il est alors l’auteur par excellence. Mais voilà dix ans qu’il a pratiquement disparu, ne réalisant qu’une poignée de films mineurs, voire embarrassants. Grâce au scénario d’Austin Kolodney, il renoue avec le meilleur de sa veine politique : Tony Kiritsis (Bill Skarsgård), c’est David contre Goliath au pays des prêts hypothécaires. Ce qui rend toutefois le fait divers mémorable est qu’il a été suivi quasiment en direct par les télés locales.

Course à l’audience

La Corde au cou se déploie donc sur deux scènes : l’une intime, l’autre publique. La relation entre Tony et son otage Richard Hall (Dacre Montgomery) fait l’objet d’une description nuancée, la colère de l’un se comprend autant que l’angoisse de l’autre. Et, dans la rue, c’est tout un cirque policier et médiatique qui se met en place, auquel Tony répond avec autant de verve que de maladresse. En mêlant archives et reconstitutions, Van Sant interroge surtout la fabrique du spectacle télévisé. Le meilleur coup de Tony n’est peut-être pas la prise d’otage… mais la prise d’antenne.

Raphaël Nieuwjaer / Photo © ARP - Stefania Rosini SMPSP

De Gus Van Sant, avec Bill Skarsgård, Dacre Montgomery, Colman Domingo. Sortie 15.04.2026

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