Home Théâtre & Danse La Guerre n’a pas un visage de femme

A voix haute

Julie Deliquet

Elles avaient quinze ans, parfois à peine. Brancardières, tireuses d’élite, pilotes, médecins, elles étaient entre 800 000 et un million à s’engager dans l’Armée rouge dès 1941. Pourtant, l’Histoire officielle les a effacées pendant quatre décennies. C’est ce mutisme que la journaliste biélorusse Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature 2015, a mis sept ans à briser en recueillant leurs témoignages, un geste fondateur dont Julie Deliquet s’empare aujourd’hui avec une force rare. La directrice du Théâtre Gérard Philipe (Saint-Denis) réunit dix comédiennes, de 30 à 70 ans, dans un appartement communautaire soviétique des années 1970. Au milieu du linge qui sèche, les mots longtemps retenus, finissent par se libérer. Une jeune journaliste, double théâtral d’Alexievitch, ouvre la discussion. Valentina, Olga, Antonina et leurs camarades se révèlent par éclats, tissant un chœur d’une richesse vertigineuse. Le coup de génie de l’adaptation est là : faire de ces monologues solitaires une écriture chorale qui donne l’impression troublante que tout se joue en direct. On y entend la faim, la peur, les uniformes trop grands, mais aussi les rires et cette puissante envie de vivre qui surplombe l’horreur. Les actrices sont bouleversantes. Le public en ressort sonné, mais grandi.

Camille Lombardo / Photo © Christophe Raynaud De Lage
Informations
Villeneuve d'Ascq, La Rose des Vents

Site internet : http://www.larose.fr

28.04.2026>29.04.202620h, 22 > 6€

Avertissement : Certaines scènes comportent des descriptions de violences physiques et sexuelles.

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