Wu-Tang Clan
Toujours debout
Annonçons d’emblée la couleur : aucun album du Wu-Tang Clan n’a jamais surpassé Enter the Wu-Tang (36 Chambers) sorti en 1993. Pur produit de son époque, il défie pourtant le temps. Ces brûlots résonneront forcément dans ce qui s’annonce comme la tournée d’adieu d’un collectif qui injecta du Shaolin dans ses rimes.
Pierre angulaire du rap new-yorkais, ce disque paru dans les frimas de novembre 1993 devint le pendant et le rival du gangsta-rap west coast, plus funky, alors porté par Dre, Tupac ou Snoop Doggy Dogg. Plus âpre, le son élaboré par RZA, architecte en chef du gang, marie la férocité de beats lourds à la finesse de samples soul (Otis Redding, Wilson Pickett…), le tout traversé d’extraits de films de kung-fu. Method Man, Ghostface Killah et Raekwon y imposent des flows féroces tandis que le débit erratique du regretté Ol’Dirty Bastard, jamais dans le temps, toujours dans le ton, confère à ce premier essai une personnalité unique. À l’époque, d’autres auraient pu remporter la timbale : Mobb Deep, Gang Starr ou Naughty By Nature obtinrent le respect. Mais c’est le Wu qui marqua les esprits : un logo qui claque, un collectif soudé et une symbiose avec l’époque… Public Enemy essoufflé, NY se cherchait de nouveaux héros et ce son dur et soyeux est arrivé à point nommé. Désormais “installés”, les survivants du Dojo vivent sur leur légende, entre documentaire et biopic. Espérons que ce relatif embourgeoisement ne se voit pas trop sur scène. Car, il faut bien l’admettre, le Wu fut souvent plus redoutable en studio que sur le tatami.



