Stereolab
Un temps d'avance
Jadis fer de lance de la maison Too Pure (Pram, Laika, Seefeel, Electrelane…), Stereolab n’a jamais vendu des cargaisons d’albums, mais fait, depuis ses débuts, l’objet d’un culte fervent – et mérité. Ces vétérans de la cause rétrofuturiste, un temps évaporés, s’offrent un futur conditionnel devenu plus-que-parfait.
Durant les années 1990, la bande menée par Tim Gane et Lætita Sadier était presque un mot de passe glissé de bouches connaisseuses en oreilles averties. En 1992, deux ans avant l’ouverture du tunnel sous la Manche, l’Hexagone et la Perfide Albion s’unissaient à travers le premier LP de Stereolab, fruit de la rencontre entre un Anglais marxiste (Tim Gane, ex-McCarty) et une Française au timbre hiératique, faussement maladroit (Lætitia Sadier). Stereolab, ou le sésame ouvrant la porte vers des plaisirs à contretemps : krautrock, électronique analogique, esprit yéyé, disco oblique, post-punk acidulé, bossa nova électrifiée et réminiscences d’enfance. On ne parlait pas encore d’hauntology, mais le groupe en posa les fondations, au même titre que Broadcast. Séparé en 2009, reformé dix ans plus tard, Stereolab réjouit tout le monde, les anciens comme la Gen Z. Ces dernières années, le duo fut samplé par Madlib ou Busta Rhymes. Lætitia Sadier fut aperçue dans la galaxie Aquaserge et chez Tyler, The Creator ou Deerhoof. Instant Holograms on Metal Film, dernier album en date, tient la dragée haute à leurs classiques et complète une discographie aussi prolixe que singulière.



