Stephan Eicher
Action discrète
À la manière de ces sapeurs, qui se faufilent vers les lignes ennemies pour briser fondations et murailles ni vus ni connus, Stephan Eicher demeure, depuis près d’un demi-siècle, un infatigable franc-tireur. Irréductible à tout classement ou à la moindre lignée, il se joue des étiquettes. Des débuts dans l’expérimentation électronique (son premier album, Spielt Noise Boys, 1980) aux coups de main donnés au groupe de son frère, Grauzone, il aurait pu rester cantonné au rang de héros obscur et culte. Mais quelques tubes plus loin (Oui, Pas d’ami comme toi, évidemment, Déjeuner en paix), le voici héraut d’une chanson française moderne et nomade. Un statut aussitôt fui pour se réinventer ailleurs, toujours accompagné de son parolier, un certain Philippe Djian. On citera aussi Miossec ou Martin Suter parmi les plumes de l’Helvète underground. Paru sans tambour ni trompette, mais avec des arrangements d’une finesse insensée, Poussière d’or (2025) s’impose comme l’un des plus beaux albums d’un auteur définitivement inclassable, joyeux torpilleur de certitudes.



