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Les pieds sur terre

D'Erige Sehiri

Après Sous les figues, la réalisatrice franco-tunisienne Erige Sehiri signe un deuxième long-métrage choral qui ausculte avec finesse la condition des migrantes subsahariennes dans la Tunisie d’aujourd’hui. Étoile d’or à Marrakech.

Tunis. Marie, Jolie et Naney, trois réfugiées que tout pourrait opposer, partagent le même toit. Quand elles recueillent Kenza, fillette de quatre ans rescapée d’un naufrage, leur équilibre vacille… La séquence inaugurale donne le ton avec ce bain offert à une enfant inconnue, survivante d’un drame invisible. Marie, ancienne journaliste ivoirienne devenue pasteure, a transformé sa maison en église évangélique clandestine. L’arrivée de Kenza la bouleverse : faut-il la garder ou la remettre aux autorités ? Noa (Blamassi Touré, militant des droits humains) saura l’éclairer. Pour Jolie, étudiante hébergée grâce à l’argent paternel, et Naney, jeune mère survivant de trafics, la fillette sonne aussi la fin d’un certain déni. Au-delà de simples portraits croisés, des thématiques âpres surgissent. La réalisatrice dépeint sans détour la crise migratoire en Tunisie – de l’organisation d’un univers parallèle face à l’hostilité ambiante. Entre politique répressive et promesse d’accueil, quel avenir pour ces populations ? C’est une caméra nerveuse qui filme Tunis en perpétuelle tension, loin de l’image figée de la capitale. Debora Lobe Naney, première apparition à l’écran, a raflé plusieurs prix d’interprétation. D’une vitalité sidérante malgré le contexte, le film doit son titre à la chanson du groupe Delgres – même énergie contagieuse.

Selina Aït Karroum / Photo © Christine Tamalet / Diaphana

D’Erige Sehiri, avec Aïssa Maïga, Laetitia Ky, Debora Lobe Naney, Mohamed Grayaa… En salle.


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