Catarina et la beauté de tuer des fascistes
Mourir peut attendre
Faut-il combattre l’extrême-droite par la violence ? Vous avez 2h30 pour répondre, devant cette pièce de Tiago Rodrigues. Le dramaturge portugais y met en scène une famille tueuse de fascistes, poussée par la plus jeune à réexaminer sa manière radicale de lutter contre les adversaires de la démocratie.
Une grande famille rassemblée autour d’un repas de fête… et d’un fasciste attaché à une chaise, qu’elle s’apprête à exécuter en guise de hors-d’œuvre saignant. Rien de surprenant dans cet acte criminel : ses membres en tuent un chaque année depuis 70 ans. Mais Catarina, la cadette, n’a pas l’air de vouloir perpétuer cette pratique barbare, que les siens voient comme une nécessité pour sauver la démocratie. Peut-on défendre un idéal politique en violant ses règles ? C’est toute la question posée, avec fracas, par Tiago Rodrigues dans cette pièce audacieuse, déconseillée au moins de seize ans, qui utilise des « armes factices » sur les planches.
Malaise et effroi
Catarina et la beauté de tuer des fascistes, c’est un peu Massacre à la tronçonneuse au théâtre. Le décor champêtre et les joyeux costumes traditionnels portés par la tribu amplifient par contraste la violence qui se joue dans ce joli coin du Portugal. L’actuel directeur du Festival d’Avignon a souhaité des répétitions malaisantes pour accoucher en 2020 de cette création qui l’a autant « effrayé qu’enthousiasmé ». Son idée : évacuer toute tiédeur pour parler frontalement de la montée des idées xénophobes, liberticides et antihumanistes. Le tout dans l’ombre de Catarina Eufémia, tuée par l’armée du dictateur Salazar en 1954, après avoir demandé une hausse du salaire des paysannes…



