Agnes Obel
Touches de grâce
Voilà trois ans que la voix diaphane d’Agnes Obel n’avait pas résonné sur les scènes européennes et d’ailleurs. Depuis Philharmonics, la Danoise compose une œuvre mélancolique tout en harmonies mystiques et cordes spectrales. À quelques jours d’une tournée passant par la Belgique, un coup d’œil dans le rétro s’impose.
Quinze ans déjà qu’Agnes Obel distille sa pop de chambre savante et hypnotique. Initiée très tôt au piano et biberonnée aux vinyles maternels (Joni Mitchell et Jan Johansson), la Scandinave accorde une approche instinctive et une discipline ascétique. Debussy et Satie en viatique, elle ne cherche pas l’effet de manche mais l’émotion brute, suspendue. Son installation à Berlin en 2006 marque d’une pierre blanche son envol artistique. Son premier album, Philharmonics, séduit d’emblée la critique et le public. Aventine prolonge cet état de grâce avant que Citizen of Glass, plus audacieux, n’ouvre la voie à des textures électroniques et baroques, à la manière d’une Colleen. Avec Myopia, dernier LP en date (avant, peut-être, de nouvelles chansons ?) Obel explore davantage les ambiances sépulcrales qui lui sont chères (elle se dit fan d’Edgar Allan Poe, ça ne s’invente pas). Sur scène, l’introspection revêt une dimension collective. Le charme opère. Tout est précis, feutré, habité. Nulle démonstration ostentatoire mais une présence et un magnétisme discret. Agnes Obel ne cherche pas à éblouir, elle enveloppe. Elle ne performe pas, elle habite l’instant – et nous avec.



