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Abondance de cornes

© Dulac distribution

Paris Match l’a surnommé « le torero star au visage d’ange ». Né au Pérou en 1996, Andrés Roca Rey redonne à la pratique controversée de la corrida l’allure d’un divertissement populaire. À travers son portrait, le Catalan Albert Serra cherche une fois encore à capter une puissance éclatante et opaque : la gloire.

De Honor de cavallería, qui cheminait avec Don Quichotte et Sancho Pança en quête d’aventures, jusqu’à Pacifiction, saisissant depuis son crépuscule une certaine grandeur française, Albert Serra n’a cessé de viser un état paradoxal. En l’occurrence un cinéma où le matériel et le spirituel, la plénitude et le retrait, agiraient de concert. Rien ne le figure mieux, ici, que le siège vide de Roca Rey, dans le minibus le transportant avec sa troupe. Alors qu’il est blessé, picadors et banderilleros lui tressent des lauriers. Images d’un trône et d’une cour… Et les corridas ? Elles sont nombreuses, sanglantes. Comme une star du rock, Roca Rey enchaîne les prestations. Le film y trouve une tension entre la routine et le rituel. Serra ne cache rien de la violence des mises à mort. Chacun jugera de leur nécessité. Son regard est d’abord esthétique. Il guette dans des perspectives souvent écrasées la concentration du torero, ses postures, ses cambrures, ce cruel glissement entre la parade et le sacrifice. Il arrive un point où il n’y a plus que de la matière, de la couleur – du sable et du sang, de l’or et du rouge. La douleur et la gloire s’étreignent, alors que l’homme et le taureau tournent autour du mystère de la vie.

Raphaël Nieuwjaer / Photo : © Dulac distribution

Documentaire d’Albert Serra. En salle

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