Celui qui tombe
Tour de force
Yoann BourgeoisLorsqu’une pièce tourne encore dix ans après sa création, c’est qu’elle a marqué son époque. C’est le cas de Celui qui tombe. Quelque part entre la danse, le cirque et l’installation, ce spectacle de Yoann Bourgeois élève la chute au rang d’art et livre une sublime métaphore de la condition humaine.
Comment rester debout dans un monde qui tangue ? Yoann Bourgeois a planché sur la question dès 2014. Dix ans plus tard, sa réponse est toujours aussi pertinente : composer avec le déséquilibre. Sur scène ils sont six, trois garçons et trois filles. Mais la star de la pièce, c’est bien cette plateforme de 36 m² sur laquelle ils vont s’installer et qui, une heure durant, va tourner comme un manège, se soulever en oblique avant de redescendre. Ils pourraient défier les lois de la physique, nous montrer l’étendue de leurs talents acrobatiques, lutter contre la force qui les sépare ou les pousse les uns contre les autres. Ils préfèrent s’adapter au mouvement, accélérer le pas lorsque le sol se dérobe, se recroqueviller pour faire face. Portés par une bande-son évoluant de la Symphonie n°7 de Beethoven à My Way de Sinatra, nos Sisyphe résistent, parfois seuls et à contre-courant, souvent ensemble. Du moins, c’est ce que l’on croit. Car le grand mérite de Yoann Bourgeois est d’avoir créé une pièce ravivant notre imaginaire, nos interrogations sur la vie, l’état du monde et le temps qui court…








