Home Best of Chroniques Bon Iver

SABLE, fABLE

Jagjaguwar / Modulor

Rarement aura-t-on écouté disque à ce point scindé en deux. La première facette du cinquième album de Bon Iver nous a d’abord été présentée sous la forme d’un EP (SABLE,), qui voyait Justin Vernon revenir au folk dépouillé et sensible qui fut la marque de ses débuts avec For Emma, Forever Ago. À la fois affirmation et fausse piste, ces quatre titres servent aujourd’hui d’ouverture à un album qui bifurque totalement, dans les deux tiers suivants, vers un R&B que ne renierait pas le Frank Ocean de Blonde. Infusée de pop (From) et pétrie de gospel (Day One), cette nouvelle orientation lui permet d’enchaîner les splendeurs, sur un grand disque (assurément l’un des meilleurs de l’année) prolongeant la sophistication de 22, A Million et i,i tout en la rendant plus accessible. Comme si la délicatesse de la première partie (l’ouverture parfaite Things Behind Things Behind Things) irriguait les reliefs de la seconde, comme si Bon Iver regardait autant Bob Dylan que Michael Jackson – et finissait par les atteindre en toute décontraction. De caresses soul (Everything is Peaceful Love) en tubes syncopés (I’ll Be There), cet album coupé en deux se révèle un éblouissant tour de magie.

Rémi Boiteux
Articles similaires