Youth Lagoon
Rarely Do I Dream
Fat Possum RecordsEt si l’intérêt principal d’un disque résidait dans ses défauts ? Et si ce qui rebutait de prime abord s’avérait un moteur créatif ? C’est le cas du quatrième album de Youth Lagoon. Pour rappel, cet Américain signait, en 2011, The Year Of Hibernation, petite réussite bedroom pop mêlant prises de son calamiteuses, songwriting inspiré et grands maux intérieurs. Deux ans après le plus acoustique Heaven Is A Junkyard, Trevor Powers, vague sosie de Phil Spector grimé en Marc Almond, revient à ses premières amours – psychédélisme confiné, confessions attrapées à la volée et field-recordings de l’intimité. Mais quelque chose cloche : ces rythmes rincés, déjà entendus. Or, c’est autour d’eux que l’Américain construit ses morceaux et redouble d’imagination. C’est de la musique sous contraintes, à la manière de l’OuLiPo. Ainsi, le “tatapoum” générique permet à Youth Lagoon de faire pleurer sa guitare façon The Durutti Column. Ailleurs, ce “poum-tchak” banal laisse les synthés évoquer des paysages jadis dessinés par Kate Bush. Quant au chant fragile et abîmé, le voici se dédoubler, entre complaintes maladives et chœurs séraphiques. Bref, un disque dont les imperfections font jaillir la grandeur.



