La Mer au loin
Une vie clandestine
Présenté lors du dernier Arras Film Festival, La Mer au loin a provoqué un torrent d’émotions. Après Retour à Bollène, Saïd Hamich creuse le sillon d’un cinéma engagé et romanesque. Racontant le parcours d’un émigré clandestin à Marseille, le réalisateur franco-marocain signe une fresque tragique sur fond de musique raï. Bouleversant.
La Mer au loin suit la trajectoire de Nour (magnifique Ayoub Gretaa), jeune immigré marocain, de 1990 au début des années 2000. À son arrivée à Marseille, le clandestin de 27 ans vit chichement de petits trafics. Lors d’une interpellation, il fait la rencontre de Serge, flic fréquentant les milieux interlopes qui lui trouvera une chambre au-dessus d’un club de drag queens, et de son épouse Noémie (Anna Mouglalis dans son plus beau rôle). Ces deux-là vivent leur amour de manière libre, dans le plus grand respect – Serge aimant aussi la compagnie des hommes… Saïd Hamich plonge le spectateur au cœur d’une histoire refusant les stéréotypes. Si la tragédie est au bout du chemin, le regard n’est jamais moralisateur. Nour regarde évoluer le couple, s’y attache. Sa vie s’en trouvera bouleversée. Divisé en trois chapitres, La Mer au loin adopte certes le schéma classique du récit d’apprentissage, mais n’a rien d’académique. Le raï, symbole d’espoir et de contestation pour la jeunesse arabe des années 1990, décuple les émotions et en jeux entre les personnages. Par petites touches, tel un peintre, Saïd Hamich parvient à traduire la douleur de l’exil, bien au-delà des clichés. Un grand moment de cinéma.
De Saïd Hamich, avec Ayoub Gretaa, Anna Mouglalis, Grégoire Colin… Sortie le 05.02





