Home Best of Chroniques Julie se tait

Entre les mailles du filet

 © Jour2fête / Nicolas Karakatsanis

Julie excelle au tennis, dans un club renommé. Alors qu’elle s’en traîne pour intégrer la sélection nationale, son coach est soudainement suspendu, suite au suicide d’une autre talentueuse joueuse. Une enquête est ouverte, chacun est invité à témoigner. Seule Julie s’accroche au silence… Manquant de peu son ticket pour les Oscars, Leonardo Van Dijl signe un premier film d’une folle dextérité.

L’atmosphère d’un gymnase, entre plaisir et effort, routine et en fermement, lumière blafarde et bruits blancs. D’entrée de jeu règne une ambiance de secret, de non-dit. Julie rend les coups avec rage à un adversaire invisible. De toute évidence, l’ennemi est ailleurs. Entre plans fixes, cadrages sur les diagonales ou arrière-plans flous, la caméra reste à distance des personnages. Le grain de l’image confirme que rien n’est lisse. Les contre-plongées révèlent une ath lète puissante, rapide, l’esprit quadrillé par les lignes de court. Son silence intrigue, déroute. Julie ne dit rien. On reste suspendus aux lèvres de cette jeune femme mutique, monstre de détermination au mental en miettes, qui multiplie les séances de pompes pour ne pas avoir à parler. Mais plus elle se tait, plus on sait. Ou quand un silence assourdissant se fait suspense suffocant…

Jeu décisif

Joueuse de tennis dans la vraie vie, Tessa Van den Broeck en impose dans le rôle principal. Tourné en 35mm (jusqu’en 65 mm pour la scène finale), co-produit par les frères Dardenne, le film révèle une justesse inouïe tout en sobriété. La musicienne américaine Caroline Shaw en a composé la bande-son, magnifique chœur vocal qui ponctue l’intrigue à des moments charnières. Une belle façon d’affûter notre oreille, de nous maintenir aux aguets.

Selina Aït Karroum / Photo : © Jour2fête - Nicolas Karakatsanis

De Leonardo Van Dijl, avec Tessa Van den Broeck, Ruth Becquart, Koen De Bouw, Laurent Caron… Sortie le 29.01

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