Home Best of Chroniques Le Léopard des neiges

FÉLIN POUR L’AUTRE

Pionnier du cinéma tibétain, Pema Tseden est décédé brutalement l’an dernier, à tout juste 53 ans. Tourné dans sa province natale de Qinghai, Le Léopard des neiges s’offre comme le testament d’un auteur attaché à dépeindre sa culture, loin des clichés chinois mais aussi occidentaux.

Ceint dans sa veste aux manches interminables, Kimba fulmine. Durant la nuit, un léopard des neiges s’est glissé dans l’enclos où il garde son troupeau, tuant neuf moutons. Dans cette région de (très) haute montagne, où l’oxygène est aussi rare que la végétation, le coup est rude. Si les attaques ponctuelles sont acceptées par les éleveurs, le carnage dépasse ici l’entendement. L’arrivée d’une équipe de télévision locale est l’occasion de faire entendre ce point de vue mais, première surprise : la bête (numérisée) est là aussi. Certes, sous la garde sévère du berger et de sa famille, mais le film s’ouvre bientôt à l’histoire du fauve, à travers des séquences en un blanc et gris accordé à son pelage. Car le léopard n’est pas seulement un prédateur, un intrus ou une espèce protégée, mais un compagnon de vie, une présence familière et respectée. Il apparaît ainsi qu’animaux humains et non-humains peuplent ces altitudes dans une relation d’interdépendance. Oscillant entre le fait divers et le conte, Le Léopard des neiges conjugue admirablement les échelles, du local au global, pour dépeindre un environnement complexe, où les rapports de voisinage croisent les lois internationales.

Raphaël Nieuwjaer / Photo : © ED distribution

De Pema Tseden, avec Jinpa, Ziqi Xiong… Sortie le 11.09


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