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L'emprise du milieu

Remarqué avec Allons enfants et La Fille au bracelet, le Lillois Stéphane Demoustier s’est inspiré pour son quatrième long-métrage d’un fait divers. En l’occurrence l’assassinat de deux figures du grand banditisme corse, devant l’aéroport de Bastia-Poretta, le 5 décembre 2017. Hasard du calendrier, les principaux suspects de ce crime seront jugés à partir de ce mois de mai. Mais au-delà de son réalisme, Borgo est bel et bien une œuvre de fiction. Du genre haletant.

Surveillante pénitentiaire, Mélissa fuit la capitale avec son mari, Djibril, et ses deux enfants, pour s’installer en Corse. Prime insulaire à la clé, voici l’occasion d’un nouveau départ pour ce couple à la dérive et aux finances fragiles. C’est dans la ville de Borgo que la jeune femme prend ses fonctions. Mais la famille peine à s’intégrer, car “l’Île de Beauté” suit ses propres règles… De plus, la prison où la fonctionnaire va exercer n’est pas comme les autres. Ici, les détenus sont libres de leurs mouvements et la rivalité entre les clans a été laissée derrière les portiques. Malgré sa droiture et son sens du devoir, Mélissa tente de trouver sa place, et crée des liens pour maintenir cette “paix des braves”. Elle accepte ainsi de rendre de petits services aux prisonniers pour améliorer leur quotidien. Elle apporte discrètement ici des cigarettes, là un ventilateur. Devenue la coqueluche de l’établissement, elle se lie avec Saveriu, jeune voyou au visage d’ange, qui la place sous sa protection. Une fois libéré, il lui demande à son tour un service. Une mécanique insidieuse se met alors en place, et Mélissa se retrouve prise au piège…

Tragédie moderne

Stéphane Demoustier signe ici un thriller carcéral sombre, dans lequel les paysages bucoliques du maquis ne parviennent pas à effacer cette sensation de huis-clos. Même durant les scènes en extérieur subsiste un sentiment d’oppression, et on serait tenté de jeter un œil derrière soi… Les deux niveaux de lecture du film (celle de l’enquête et l’histoire de Mélissa), laissent peu de doute sur son dénouement. Pourtant, le récit nous tient en haleine jusqu’au basculement, inéluctable. Parmi une majorité de comédiens corses et novices (dont des surveillants jouant leur propre rôle), Hafsia Herzi campe avec finesse une héroïne tragique, à la fois victime et coupable, prise dans un engrenage infernal.

Clémence Ménart / Photo : © Petit Film & France 3 Cinema

De Stéphane Demoustier, avec Hafsia Herzi, Moussa Mansaly, Louis Memmi… Sortie le 17.04.


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