L’Affaire Abel Trem
Fabrication d'un scandale
À chaque jour ou presque, sa polémique. Il en faut peu aujourd’hui pour que les débats s’emballent. Si le clash permanent promu par les chaînes d’information mine les démocraties, il peut être un moteur des régimes autoritaires. Dans la Hongrie de Viktor Orbán, un petit morceau de tissu va mettre le feu aux poudres…
L’été est déjà là, avec ses terrasses de café et ses longues soirées. Mais avant les vacances, une épreuve attend encore Abel Trem (Gáspár Adonyi-Walsh) et ses camarades de lycée : le baccalauréat, qu’il n’a pas beaucoup révisé… Le troisième long-métrage de Gábor Reisz, le premier à sortir sur les écrans français, a l’intelligence de ne pas se précipiter, laissant à chacun l’occasion d’apparaître dans son quotidien. C’est par inadvertance que le drame finalement se noue, lorsqu’Abel justifie son échec (logique) par le fait que son professeur d’histoire lui a demandé durant l’examen pourquoi il arborait une cocarde aux couleurs de la Hongrie. György, le père du garçon, y voit une attaque contre sa famille et ses convictions, lui qui est un soutien du président nationaliste Viktor Orbán…
L’embrasement
Parvenue aux oreilles d’une jeune journaliste précaire, l’anecdote est bientôt montée en épingle au point de faire les gros titres. Qu’elle soit fausse n’y change rien, il aura suffi d’une étincelle pour enflammer la situation. Avec un sens profond de la nuance, sans jamais réduire les personnages à des archétypes, ce film traduit avec force l’extrême polarisation d’un pays. Reisz montre les effets dans le corps social d’un parti gouvernant par l’antagonisme et l’exclusion. Le récit donne ainsi à percevoir une spirale de ressentiment, qui rend le dialogue impossible…
De Gábor Reisz, avec Gáspár Adonyi-Walsh, András Rusznák, Rebeka Hatházi, István Znamenák, Lilla Kizlinger… En salle.



